C'était
un gars bien, intelligent comme on en trouve peu dans le Show Business. Il avait
beaucoup de talent.
Il savait parfaitement
où il voulait aller. J'ai eu le privilège de le rencontrer. J'ai
eu la chance d'obtenir sa confiance.
Je
lui ai tenu la main durant toute la partie de sa trop courte vie d'artiste que
vous allez découvrir ou redécouvrir ici. J'en suis fier.
Léo Missir, décédé le 10 octobre 2009
Nous sommes à Gao, au Mali, le 14 janvier 1986.
Ce jour-là, à la demi-étape du Paris-Dakar, on s'inquiète
des conditions météo, qui sont détestables. Le matin, un
mauvais vent de sable s'est levé. Thierry Sabine, l'organisateur de la
course, fait le point avec le journaliste Jean-Luc Roy avant de remonter à
bord de son hélicoptère. Sur ces entre faits arrive Daniel Balavoine,
à qui Thierry a promis un baptême en hélicoptère.
Daniel n'est pas très chaud, lui qui a horreur
de prendre l'avion parce que ça lui file les jetons... Il demande à Jean-Luc: "Tu es sûr que tu me laisses ta place ?" avant de grimper
dans l'hélicoptère. A bord, outre Daniel et Thierry, se trouvent
Nataly Odent, journaliste, Jean-Paul Le Fur, radio, et François-Xavier
Bagnoux, un pilote expérimenté.
Un peu plus tard, l'hélicoptère
est obligé de se poser, la visibilité étant épouvantable.
Sabine demande qu'on leur envoie des secours. Puis, pour une raison inexplicable
l'hélicoptère redécolle. Quelques minutes plus tard, il percute ce que certains estimèrent être une dune de sable. Il n'y aura aucun survivant.[ en savoir plus... ]
Daniel Balavoine aurait eu trente-quatre ans le 5 février 1986.
Ce n'était pas
la première fois que Daniel participait au Dakar: en tant que concurrent,
il avait couru en 1983 et en 1985. Mais cette année-là, c'est pour
des raisons humanitaires qu'il se trouvait en Afrique. Lors des deux rallyes précédents,
il avait vu la pauvreté, la sécheresse, la famine, les enfants qui,
à quatre pattes, attrapent les mouches parce qu'il n'y a rien d'autre à
manger... Avec son tempérament de révolté, d'écorché
vif, de mec qui ne supportait pas la moindre injustice, il avait mis au point,
sur les conseils de Lionel Rotcage (décédé en septembre 2006), le représentant en France du Band Aid,
qui venait en aide aux enfants d'Ethiopie (les concerts avaient eu lieu le 13
Juillet 1985), une opération qui allait permettre d'amener au Mali cinquante
pompes à eau afin d'aider les populations locales à irriguer les
sols et à subsister grâce à leurs récoltes. C'est exactement
cela que Daniel s'était chargé de faire en Afrique lorsque la mort
l'a surpris.
Petite foule danse/ Autour
d'un corps s'endormant/ Douceur immense/ Pour le départ d'un parent / Calmement
/ Peint aux couleurs de l'artifice / Des bleus lisses et roses et blancs / Et
lentement / Visages tendres sur l'herbe glissant / Se sourient en chuchotant /
Et sans le moindre tourment / Ils fêtent mon enterrement
On
a beaucoup évoqué cette chanson magnifique "Partir avant les
miens", qui figurait sur l'album "Loin des yeux de l'occident", après
sa disparition. Certains ont voulu y voir une prémonition.
Rien
n'est plus faux: même s'il évoquait souvent la mort, dans ses textes,
il adorait la vie, il adorait sa vie. Ce n'est pas un mec malheureux qui s'est
tué dans le désert: il avait un petit garçon, une petite
fille était attendue, il avait une femme qui l'aimait, un public qui l'adorait
et des projets plein la tête. Il venait de sortir "Sauver l'amour",
son plus bel album et sa réputation de "porte-parole de la jeunesse, depuis
le fameux incident face à François Mitterrand, à la télévision
en 1980, avait progressivement évolué: à un journaliste radio
qui lui avait demandé ce qu'il attendait de l'avenir, Daniel avait répondu
ceci...
"Je ne crois pas aux miracles. Je
me dis que, pour que ça s'arrange, il faudrait que les gens comme moi qui
ont tendance à avoir une grande gueule, je reconnais que j'ai cette maladie-là,
les gens qui font de l'incontinence verbale et qui remuent et débattent
toujours de grandes idées aux yeux du grand public, doivent avoir une vie
qui soit le plus possible en concordance avec ces idées, qu'ils balancent.
Il faut que moi ,en premier, j'essaye d'avoir une vie qui ressemble à ce
que je dis. Si je dis que c'est une honte qu'il y ait le fascisme en Argentine
ou en URSS, il faut que je me batte contre ça. Et si Amnesty International
me demande de l'aide, il faut que leur donne de l'aide. J'ai toujours dit que
je donnerais de l'aide et puis jusqu'à présent, je le dis sans honte,
je ne l'ai pas vraiment fait. A partir de maintenant, il va falloir que je le
fasse. Partant de cet exemple, ce que je souhaite c'est que tous les gens qui
prétendent avoir de bonnes idées se mouillent."
Une vie en concordance avec ses
idées... Idéaliste, Daniel l'avait toujours été. Après
avoir fait une partie de ses études en pension religieuse, ce qu'il avait
détesté, dans son Sud-Ouest natal, entre Biarritz, Pau et Dax, il
s'était investi à fond dans la "révolution avortée"
de mai 1968. A l'époque, il avait même songé faire carrière
dans la politique, au niveau régional, "parce qu'il y avait des choses
à faire, surtout du côté social". Daniel avait seize ans
et il avait très rapidement compris que pour être politicien, il
allait forcément se compromettre, faire des concessions, côtoyer
des "connards"... L'un de ses trois grands frères, Bernard, qui hésitait
entre la musique et la médecine, venait d'abandonner sa guitare pour s'inscrire
en fac. Daniel récupéra la guitare. Pour changer le monde, il allait
être chanteur !
Tout commence par des groupes
de balloche, des soirées dansantes le week-end, des chansons de Bob Dylan
dans les M.J.C. Les choses deviennent plus sérieuses quand il forme ses
premiers groupes de rock. Il essaye de monter à Paris une première
fois, puis une deuxième. Penaud, il revient à Pau. La troisième
est la bonne: sa réputation d'excellent chanteur, de voix hors du commun,
circule dans le milieu de la musique pop Made In France du début des années
soixante-dix. Il est engagé par le groupe présence; quinze jours
plus tard, en 1971, il entre en studio pour l'enregistrement de son premier 45
tours, qui sort chez Vogue et se vend à... deux cent quarante-sept exemplaires
! Deux titres qui oscillent entre rock progressif, gueulantes hardos et plânerie
façon Pink Floyd. Puis il y a un premier 45 tours solo, en 1973, nouveau
bide, et des petits boulots pour survivre: Daniel et son frère Guy sont
choristes et font des séances à droite et à gauche. Pour
un autre débutant nommé Alain Bashung. Pour une pub des montres
Kelton. Pour une comédie musicale d'Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg, "La
Révolution française", en 1973. Puis pour Patrick
Juvet en novembre de la même année.
Eh
oui, c'est lui qui donne à Daniel sa première chance. Sur un album
intitulé "Chrysalide", il lui demande d'écrire plusieurs
chansons. Mieux encore, Patrick lui laisse chanter "Couleurs d'automne",
se contenant de l'accompagner au piano. Ce titre, tendre et sophistiqué
à la fois, va séduire un des directeurs artistiques les plus réputés
sur la place de Paris, Léo Missir, des disques Barclay. Il convoque Daniel
dans son bureau et lui demande ce qu'il désire. Balavoine, nullement impressionné,
planqué sous ses longs cheveux bouclés, exige les choses les plus
ahurissantes, venant d'un petit chanteur de vingt-deux ans à peine: "Je
veux bien travailler avec vous, mais sous certaines conditions. Je veux un album
par an et je veux une totale liberté: liberté de choisir mes chansons,
mes musiciens, mon ingénieur du son et le studio d'enregistrement !" Ce qui est encore plus étonnant, c'est que Léo Missir accepte sans
sourciller. Il croit dur comme fer au talent de Daniel. De la foi, il lui en faudra:
les deux premiers 33 tours en 1975 et 1977 ne reçoivent qu'un "succès
d'estime", comme on dit poliment. Autrement dit bonnes réactions des médias
mais ventes minuscules.
C'est sous une pochette
style carte postale rétro, en mars 1975, que sort son premier album, "De
vous à elle en passant par moi" . Les chansons parlent du seul sujet
qui le concerne vraiment, les femmes ! Tout Balavoine est déjà dans
ces chansons mais il fut tellement attristé par leur insuccès qu'il
ne les rechanta jamais par la suite, pas plus d'ailleurs que le single "Vienne
la pluie" qui sort peu de temps après. Il à déjà
un projet ambitieux en tête: c'est en avril 1977 que sort le concept-album "Les Aventures de Simun et Gunther... Stein", l'histoire de deux frères,
que le Mur de Berlin a séparés et qui s'écrivent des lettres.
L'idée de cette suite de chansons lui était venue lors d'un voyage
de quelques jours effectué en Pologne quelques mois plus tôt... "Sur
les plateaux de la télévision" racontait-il, "j'ai d'abord
rencontré un chanteur dont le rêve était d'aller chanter à
Paris, à l'Olympia, mais qui ne le pouvait pas... J'ai trouvé ça
vraiment odieux et lamentable. Puis dans la ville, j'ai constaté de drôles
de choses. Dans mon hôtel, j'ai vu des gens qui vendaient clandestinement
des revues pornos. Dans les grands magasins, j'ai vu des rayons avec mille fois
la même paire de gants ou le même imperméable... ça
m'a remué le coeur, je me sentais mal, j'ai eu envie de gueuler, j'ai pris
le prétexte du Mur de Berlin parce que c'était la seule chose qui
me paraissait concrète à ce point-là, c'est à dire
que c'est quelque chose qui est vraiment bâti contre la liberté individuelle
et qu'on peut toucher du doigt."
Les ventes de ce deuxième
album restent confidentielles mais grâce à des chansons comme "Lady
Marlène" ou "La porte est close", il va voir, paradoxalement,
les portes s'ouvrir devant lui. Michel Berger, qui est en train d'achever l'écriture
de l'opéra rock "Starmania ", avec son complice Luc Plamondon, aperçoit un jour Daniel chantant à
la télévision. Il n'en revient pas. C'est exactement la voix qu'il
recherchait pour l'un des deux personnages principaux de son histoire, le rôle
de Johnny Rockfort, un loubard au coeur tendre... Ils se rencontrent et c'est
une grande histoire d'amitié qui commence, Michel lui fait chanter "Quand
on arrive en ville" puis il lui écrit, sur mesure pourrait-on-dire,
l'une de ses plus belles chansons, le "S.O.S. d'un terrien en détresse".
La
version originale studio de "Starmania " sort en avril 1978. Quelques semaines plus tard, les radios reçoivent
le troisième album de Daniel Balavoine, intitulé "Le Chanteur",
tout simplement. Cette fois, il n'a plus droit à l'erreur. Eddie Barclay
le lui a clairement signifié: ses disques coûtent cher et ne se vendent
pas ! En colère, Daniel a, en une demi-heure, sur un coin de console, en
studio, griffonné des paroles à la fois cyniques, féroces,
humoristiques et pleines d'espoir. En trois minutes cinquante, elles racontent
le début, le milieu et la fin d'une carrière de star...
"Le
Chanteur": un million de 45 tours vendus, un des plus gros tubes de la saison
1978-1979. Dans la foulée, huit cent mille albums... Sa carrière
est sur orbite, d'autant qu'entre le 10 avril et le 3 mai, il prouve au tout-Paris
qu'il est aussi une bête de scène: c'est au Palais des Congrès
qu'ont lieu les représentations de "Starmania " dans sa première version scénique et mythique, avec Diane Dufresne,
France Gall, Etienne Chicot, Fabienne Thibault, Nanette Workman et Daniel Balavoine,
alias Johnny Rockfort !
Sans perdre de temps, il sort son quatrième
album, "Face amour face amère" en octobre 1979, avec de splendides
chansons d'amour dédiées à sa fiancée du moment, telle "Rougeagèvre". Il vient également de proposer une chanson
à Johnny Hallyday, "Je ne suis pas un héros": déçu
par l'interprétation de l'idole, qui se rattrapera en 1990 à Bercy
avec une très belle version "live", il la reprend bientôt à
son compte. Accompagné par le groupe Clin d'Oeil - dont il n'est, affirme-t-il
à longueur d'interview, que le "musicien-chanteur" - , il monte
son premier spectacle, une tournée qui passe par l'Olympia du 31 janvier
au 2 février 1980...
Quelques semaine
plus tard, il se retrouve sur un plateau de télévision, face à
François Mitterrand, premier secrétaire du Parti Socialiste. Balavoine,
du haut de ses vingt-huit ans, est supposé représenter la jeunesse
française lors d'un débat, au cours du J.T. de la mi-journée.
Sauf qu'on ne lui pas accordé la parole depuis quarante minutes. Il bout
dans son coin, il n'en peut plus. Et il fait scandale en annonçant que
si c'est comme ça, il s'en va ! Mitterrand le retient mais c'est pour se
faire entendre dire que de toute façon, les jeunes en ont assez de la politique,
qu'ils sont désespérés et que le désespoir peut mener
à des choses comme le terrorisme, et toc ! Le lendemain, dans la presse,
c'est à qui fera les plus gros titres sur ce chanteur qui n'a pas sa langue
dans sa poche. "Etes-vous balavoiniste ?" s'interroge un chroniqueur politique,
comme s'il s'agissait d'une nouvelle tendance... Un certain Coluche va, quelques
mois plus tard, pousser le bouchon un peu plus loin en se présentant comme
candidat aux élections présidentielles. C'était pas pour
rien que Daniel et lui étaient d'excellents potes...
Des
scandales à la radio et à la télé, il y en aura d'autres,
notamment lors d'un fameux "Sept sur Sept" au cours duquel Daniel s'en prend aux
anciens combattants qui disent "les jeunes, ce qui leur faudrait, c'est une
bonne guerre !". Mais entre-temps Daniel a rêvé d'"Un autre
monde", c'est le titre d'un nouvel album qui fait un triomphe grâce
à des tubes impeccables, tels "Mon fils ma bataille", "Lipstick
polychrome" ou "La vie ne m'apprend rien".
Sa
métamorphose artistique se poursuit au fil des tournées et des rencontres.
Après sept ans de bons et loyaux services, il se sépare de Clin
d'Oeil et recrute pour son sixième album studio, "Vendeurs de larmes",
des pointures nommées Christian Padovan (basse) et Joe
Hammer (batterie), une rythmique d'enfer. Les vendeurs de larmes en question,
c'est bien sûr les chanteurs, qu'ils soient engagés ou de charme,
ces mecs qui font craquer le coeur des filles: quatre ans après "Le
chanteur", un regard tendrement critique sur cette corporation à laquelle,
après tout, il appartient...
"Soulève-moi est l'exemple type de ce que j'appelle une chanson d'amour" explique Daniel en avril 1982, "c'est l'histoire d'un jeune mec qui est un
peu perdu, qui s'en va dans Pigalle et qui pour la première fois s'adresse
à une prostituée. Il pense à toute la pourriture qu'il y
a autour, la seule chose qui puisse lui faire oublier ça, c'est de faire
l'amour avec une femme. Parce que c'est vrai qu'à ce moment-là,
je le dis sans vulgarité aucune, ça aide. Je crois que l'amour physique
est une chose qui aide la tête et la chanson veut simplement raconter ça." Du 9 au 13 juin, on l'applaudit au Palais des Sports, à Paris, une salle
mythique (avant le Zénith et Bercy, Johnny et bien d'autres y avaient donné
des spectacles mémorables) qu'il remplit sans problème, malgré
la présence, au même moment, des Rolling Stones et Simon & Garfunkel
à l'hippodrome d'Auteuil... Six mois plus tard, il participe à son
premier Dakar. Il en revient bouleversé et son album suivant, qui sort
en octobre 1983, s'en ressent. Le titre d'abord, "Loin des yeux de l'occident",
et la pochette, où on le voit assis entre deux dames, deux grands-mères,
l'une black, l'autre chinoise...
A l'exception
des "Petits lolos", le seul titre léger de cet album essentiel,
qui se situe quelque part entre la chanson rock et la world music, chaque titre
aborde un sujet grave: la condition féminine ("Pour la femme veuve qui
s'éveille"), les dictatures d'Amérique du Sud ("Revoluciòn"),
la torture ("Frappe avec ta tête") et même la drogue, avec "Poisson dans la cage", dédié à l'un de ses proches
amis tombé dans la came. "Si j'étais un religieux, je crois que
l'image du Diable pour moi ce serait ça: la drogue !" déclare
t-il au cours d'une interview.
On pouvait
plus rien faire / C'est écrit sur son tombeau / Parti en faisant / Un voyage
de trop / C'est la dose / Qui l'a mis k.o.
L'année
précédente, il avait vu Peter Gabriel en concert, ce qui l'avait
beaucoup impressionné et son nouveau spectacle, qu'il rôde sur les
routes de France entre l'hiver et le printemps, puis qu'il présente à
Paris, à nouveau au Palais des Sports, en septembre, s'en ressent. D'une
haute technicité, d'une grande élégance, de par son dépouillement,
il laisse les spectateurs complètement émerveillés...
Peter
Gabriel était son héros, il avait même été question
d'une collaboration, de chansons écrites ensemble. Comme Peter, pour composer
son nouvel album, Daniel utilise désormais le Fairlight, qu'il a été
le premier à acheter en France, et qui est pour simplifier un clavier de
synthé couplé à un écran d'ordinateur, permettant
de programmer, d'échantillonner des sons, de construire des rythmiques,
etc... Le groupe avec lequel il enregistre l'album "Sauver l'amour" en
Ecosse se réduit à Joe
Hammer (batterie et drum), Andy Scott (réalisation), Matt Clifford
et Daniel Balavoine (claviers), les choristes Aliss Terrel et Diane Dupuis, et un petit nouveau aux guitares, John Woolloff. Quelques semaines avant qu'il s'en
aille sur le Paris-Dakar sort le premier single de ce disque, le plus abouti de
sa carrière...
Et quand tu marches
le soir / Ne tremble pas / Laisse glisser les mauvais regards / Qui pèsent
sur toi / L'Aziza ton étoile jaune c'est ta peau / Tu n'as pas le choix
/ Ne la porte pas comme on porte un fardeau / Ta force c'est ton droit / Ta couleur
et tes mots / Tout me va / Que tu vives ici où-là-bas / Danse avec
moi / Si tu crois que ta vie est là / Ce n'est pas un problème pour
moi / L'Aziza / Je te veux si tu veux de moi
L'Aziza,
"la chérie" en arabe, c'est bien sûr Corinne, sa compagne, la maman
du petit Jérémie, à l'époque enceinte de la petite Joana... "Corinne est juive marocaine" déclare Daniel à la
télévision, "et quand j'entends qu'il faut vider les immigrés,
j'ai peur qu'on enlève ma femme ! Je me suis réveillé un
matin, je l'ai regardée et j'ai constaté qu'elle avait les cheveux
noirs et la peau mate... J'ai compris que si j'étais amoureux d'elle, c'était
sûrement la forme d'amour pour la race à laquelle elle appartient,
je ne suis pas contre le racisme, je suis pour les races. Il faut arrêter
de parler d'intégration. Il faut apprécier et aimer les gens pour
leurs différences. Il y a un fossé entre les races, il ne faut pas
essayer de le combler parce que c'est impossible. En revanche, un fossé,
ça peut se franchir".
C'est en essayant
de franchir le fossé, en tentant d'harmoniser sa vie et ses convictions,
en voulant sauver l'amour et des vies humaines, que Daniel est mort, injustement,
dans le désert malien. Il nous reste ses chansons, mais lui, il nous manque
à jamais.
Qu'est-ce-qui pourrait
sauver l'amour / Et comment retrouver le goût de la vie / Qui pourra remplacer
le besoin par l'envie / Où est le sauveur ?
par Muriel
Burgraff d'après les livres de Geneviève Beauvarlet
1952, 5 février : naissance
de Daniel Balavoine à Alençon dans l'Orne.
1968,
Mai : Daniel est à Pau, au lycée Louis-Barthou. Il participe aux mouvements des lycéens.
La politique l'intéresse, il veux être député. Mais
sa passion tourne court. Il se réfugie dans la musique. Il tourne avec
un petit groupe et fait les bals du samedi soir, ou il chante les tubes du moment.
1970-1971, il monte à
Paris et commence à chanter avec le groupe Présence avec qui il
enregistrera chez Vogue. Deux cent quarante sept exemplaire vendus. Le groupe
se dissout.
1972 :
Il enregistre un premier 45 tour seul. Echec.
1973-1974 : Avec son frère Guy, il est engagé comme choriste dans la "Révolution
Française", une comédie musicale montée au palais des sports
avec les Martins Circus. Il devient le choriste de Patrick Juvet participe à
son spectacle à l'Olympia, puis le suis en tournée. Il est présent
lorsque Juvet enregistre son album "Chrysalide". Dans cet album une chanson est
chantée par l'auteur compositeur encore inconnu Daniel Balavoine. Chez
Barclay on le remarque et Daniel signe son premier contrat discographique.
1975 : Premier album de Balavoine,
"De vous à elle en passant par moi"
1977 : "Les aventures de Simon et Gunther".
1978 : "Le Chanteur". Participation à l'enregistrement de Starmania: "Quand
on arrive en ville", "SOS d'un terrien en détresse".
1979,
10 avril au 3 mai : Starmania est monté au palais des congrès. Daniel
y tient le rôle de Johnny Rockfort. Juillet et août, il écrit
la musique du film des frères Jolivet "Alors Heureux", produit par Claude
Lelouch. Daniel fait ses début de comédien, en brancardier homosexuel.
4 août, numéro un sur TF1 Balavoine est en co-vedette avec Louis
Chedid. Il reçoit le prix Raoul-Breton. Octobre, sortie de l'album Face
amour / Face Amère disque de Balavoine et du groupe Clin d'oeil qui réunit
: Patrick Dulphy guitare acoustiques, Hervé Limeretz claviers, Roger Secco
batterie et chant, Bernard Serre guitare basse chant et micro synthétiseur,
Colin Swinburne guitares électriques, Patrick Bourgoin cuivres, Jean-Paul
Batailley batterie percussions, Guy Balavoine choeurs, Andy Scott prise de son
réalisation. 24 novembre, il se produit au théâtre Sébastopol
à Lille.
1980,
Janvier : sortie du film des frères Jolivet. 31 janvier au 2 février,
l'Olympia. 16 mars, invité du journal de 12h45 sur Antenne 2, rencontre
avec François Mitterrand. Intervention remarqué de Daniel.
1981, 10 au 15 mars : l'Olympia.
Tournée d'été. 1er novembre, invité du jeudi sur Antenne
2, émission de Didier Lecat. Décembre, sortie d'un double album
enregistré en public à l'Olympia
1982,
Avril : album "vendeurs de larmes". Prix de diamant de la chanson française.
9 au 13 juin, Palais des sports à Paris. Juillet, deuxième expérience
cinématographique "Qu'est ce qui fait craquer les filles", film de Michel
Vocoret avec Guy Montagné, Gérard Hernandez, Georges Descrières,
Katia Tchenco, Daniel Balavoine. Tournée dans une cinquantaine de ville
à l'automne.
1983 : Première participation au Paris Dakar. 2 mars : vedette de Champs Élysées
sur Antenne 2. Octobre, Animateur chroniqueur sur 95.2 FM. 24 Octobre, invité
de 7/7 sur TF1. Noël, présentation sur TF1 d'un conte pour enfant
Abbacadabra, dans lequel jouent et chantent Catherine Ferry, Fabienne Thibeault,
Plastic Bertrand, Daniel Balavoine. Auparavant, Daniel avait enregistré
avec Frida du groupe Abba "Belle" une chanson extraite du conte. Dernier trimestre,
sortis de l'album "Loin des yeux de l'Occident.
1984 : Tournée en France. 2 avril : participation au printemps de Bourges. 15
septembre, les enfants du Rock émission sur Antenne 2 "un chanteur en état
de marche". 21 au 30 septembre : Palais des Sports à Paris. Sortie d'un
disque live double album Balavoine au Palais des Sports.
1985 : Deuxième participation au Paris Dakar. Juillet, concert du Band Aid à
Wembley, Daniel y participe. 16 octobre : participation au concert pour l'Ethiopie
donné à la Courneuve. Sortie de l'album "Sauver l'amour". 31 octobre
: Zénith sur Canal+. 23 novembre : tournage du clip vidéo "l'Aziza"
réalisé par Olivier Chavarot. 7 décembre : "Fête des
potes" au Bourget. Daniel reçoit le prix de S.O.S. racisme.
1986 : Daniel repart sur le Paris Dakar pour des raisons uniquement humanitaires. Le
14 janvier, vers les 20 heures, non loin de la frontière entre le Mali
et le Burkina-Faso, l'hélicoptère de Thierry Sabine s'écrase
au sol. A son bord voyageaient cinq personnes : Nathaly Odent, jeune journaliste
au Journal du Dimanche, François-Xavier Bagnoud, pilote, Jean-Paul Le Fur,
radio, Thierry Sabine et Daniel Balavoine. Il n'y a aucun survivant.