Y-aurait-il eu des journalistes qui auraient eu peur
que Daniel Balavoine prenne leur place un jour parce qu'il osait dire tout haut
ce que eux pensaient tout bas ?
Manifestement, cette inquiétude était bien réelle chez
certains journalistes...
La vague contestataire Balavoine/Coluche a fait quelques
remous et certains journalistes ont pris leur plume pour jouer les brises-lames.
J. Christophe Pasquier--Trotot
...Et l 'actualité passe,
De radio libre en émission de télé, le chanteur va-t-il
devenir le rase-bitume obligatoire des médias ?
Le café du commerce ? C'est sur 95.2, tous les jours
à 18 h 30, des propos lénifiants, une vulgarité de bon
ton et les ondes hertziennes niveau zéro. Le maître de cérémonie,
Daniel Balavoine, chronique... Non, mauvaises langues, ce n'est pas pour renflouer
sa tirelire, iI travaille bénévolement. Arrivé au studio,
tous les jours, dès 14 heures, il s'accorde trois heures de revue de
presse avant d'enregistrer (en vrai profesionnel) ses déclarations désormais
historiques puisque magnetisées.
Un surplus de travail « pour aider la station qui
n'a trouvé aucun journaliste pour faire ce que je fais. Et j'en ai plein
partout que l'on me dise que c'est facile. Je suppose que c'est parce que c'est
trop tacile que ça n'intéresse personne de le faire à ma
place. Y'en a pas beaucoup sur le front, hein, les mecs, alors baissez-vous
et fermez-là... Je t'emmerde ! ».
Voilà un extrait du style libéral de ses
petites chroniques. éphémères sur son cahier de doléances,
quelques questions orales à M. le président François Mitterrand
et une floppée de maximes tricotées distraitement et qui n'ont
rien à craindre de la posterité. Pour preuve : « Je n'ai
pas attendu la politique pour vendre mes disques. Cela dit si cela peut aider,
c'est tant mieux... C'est de la merde et même si c'est de la merde, il
vaut mieux être contre tout ce merdier qu'être dedans... Il vaut
micux rêver tout haul que subir le cauchemar en silence. »
Avis aux Editions Vuibert, demandez les cassettes de Balavoine,
II y a là une mine de sujets pour nos futurs bacheliers. Section philo
: « Si l'Etat ne sert pas son peuple, peut-être que le peuple ne
doit pas servir l'Etat. »
Et pour nos futurs économistes, un pensum de premier choix : «
Il y avait au mois d'août deux millions trente-cinq mille quatre
cents chômeurs. Et depuis juillet : 0,1 % d'augmentation. Eh bien, ce
n'est pas si mal par rapport aux chiffres que les autres nous avaient laissés,
- compter que ceux qui gueulent parce que cela coûte trop cher ont vilain
jeu ou alors ils étaient distraits quand ils ont voté à
gauche. »
Enfin, en vue de session de rattrapage un sujet attrape-tout
: « A quoi sert le pouvoir ? »
Petits pavés jetés dans la mare de nos désillusions quotidiennes,
Daniel Balavoine martèle ses commentaires en prise directe sur nos bobos
politico-économico-sociaux. Aussi bruyant que le SAMU - maître
ès onomatopées - il en espère l'efficacité. «
Une illusion de trop », ronronne-t-il dans son dernier album.
Que voulez-vous ajouter : il nous offre même les "Questions-Réponses"
!
Reste alors à tergiverser sur le fait qu'un chanteur
s'improvise journaliste. A priori, l'idée est bonne, encore faut-il ne
pas se tromper de casting. Daniel Balavoine, de chapiteaux en galères,
d'expéditions (le rallye Paris-Dakar) en voyages, a vu, sans doute, bien
plus de pays que n'importe quel journaliste de base. L 'idée de lui offrir
une chronique est donc aussi rafraîchissante que le souffle d'une bourrique
sur les dunes du Sahara. Mais, dans le désert de ses idées, pas
la moindre brise...
Sylvie Milhaud
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