Daniel Balavoine est né à Alençon,
en Normandie, le 5 février 1952. Il est le petit dernier d'une famille
aisée du sud-ouest de la France, son père est ingénieur
en urbanisme, composée de cinq garçons : Yves, Bernard, Guy, Xavier,
Daniel, et deux filles : Claire et Marie-Françoise.
Daniel passe sa petite enfance à Bordeaux. Puis, après la séparation
de ses parents, il suit son père qui décide de le mettre en pension.
Daniel restera sept ans chez les frères, son oeuvre future en sera quelque
peu marquée, déclarant « leurs évangiles ont fait
de moi un non-croyant » (Cf. « La vie ne m'apprend rien
» en 1980).
Du pensionnat aux Beatles
A quatorze ans, Daniel lassé de l'autorité
de ses professeurs ecclésiastiques tente de mystifier son père
en lui disant qu'il veut devenir prêtre. Mais celui-ci n'est pas dupe
et comprend ce que souhaite réellement son fils. Il l'envoie donc dans
un lycée laïque à Pau.
L'élève Balavoine est doué en français et en langues,
il arrive sans peine à passer les étapes jusqu'a la terminale.
Cependant, il rate son baccalauréat. Il faut préciser que Daniel
devait passer le bac en 1968 mais qu'il était plus intéressé
par les événements politiques que par les cours. Il participe
avec ferveur aux manifestations estudiantines et collabore à la rédaction
d'un petit livre blanc. Daniel et ses copains exposent leurs revendications
qui sont assez proches de celles des jeunes de Mai 1968.
Passionné de politique, le jeune Balavoine envisage une carrière
de député. Il a même un modèle : Saint-Just. Les
accords de Grenelle et l'hypocrisie des politiciens du moment le dégoûtent
et il renonce à ses projets. Il s'aperçoit, avec amertume, que
Mai 1968 est une révolution avortée. En effet, aucun changement
notable n'a été apporté dans la constitution républicaine
à la suite des revendications des étudiants et des ouvriers.
La politique ennuie Daniel et la longueur des études
lui fait peur. Il se tourne donc naturellement vers la musique. Sa passion pour
le rock est née lors de son long séjour au pensionnat.
Puni par ses professeurs, Daniel devait passer la nuit dans une pièce
minuscule : le téléphone. Il préfère fuir l'école
mais, sur les conseils d'un grand, qui était parti à sa recherche,
il revient au pensionnat. Encore apeuré par la possibilité de
représailes, il se cache sous un lit. La destinée veut qu'à
ce moment-là, la muse de la musique est touché Daniel. Un surveillant
, en quête du jeune trublion, a laissé sa radio allumée
et elle diffuse une chanson des Beatles « She loves you », qui l'émerveille.
A seize ans, Daniel entre dans un premier groupe,
nommé Memphis, avec lequel il joue dans les bals. Il chante les samedis
soir, les après-midi et les nuits de dimanche. IL gagne jusqu'a quatre
mille francs par mois, ce qui énorme pour l'époque. Malgré
tout, Daniel s'ennuie dans cet orchestre, il ne fait pas la musique qu'il aime.
Il décide d'emmener avec lui les jeunes membres du Memphis et crée
avec eux le groupe Shake's.
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Présence
Dès cet instant, il interprète ses
propres chansons sur des rythmes rock. Plus tard, il entre dans d'autres formations
comme Purple Eruption (expérience qu'il n'aime pas évoquer) ou
Réveil. Avec ces derniers, Daniel doit tout réaliser : les musiques
et les textes. Les autres musiciens sont d'accord pour jouer s'ils n'ont rien
à préparer. Irrité par leur manque de motivation, il quitte
Réveil.
En 1971, à Paris, le groupe Présence
cherche un nouveau chanteur car Erick Saint-Laurent vient d'abandonner la formation.
Les membres de Présence ont entendu parler de Daniel Balavoine, et Daniel
Daras (claviers), Alain Crépin (guitare), Michel Cohen (basse) et Daniel
Baudon (batterie) lui demandent de monter à Paris pour les rejoindre.
Il doit donc se procurer de l'argent pour se payer le billet de train et trouve
un petit boulot. Il est employé par une fabrique de bouchons de pêche.
Avec humour, il déclarera plus tard : "C'est là que j'ai
tout appris !".
Présence est la plus sérieuse de toutes
les formations dans lesquelles Daniel a joué. Présence a déjà
sorti un 45 tours intitulé « Filles du nord », chez Vogue.
C'est avec ce groupe qu'il réalise son premier "simple" : «
Le jour s'est levé » et « La lumière et la folie ».
Il part également en tournée et est remarquée par les journaux
spécialisés comme "Rock & Folk" ou "Best".
Daniel chante avec le groupe dans la salle de rock la plus célèbre
des années 60, le "Golf Drouot". Ce premier disque auquel collabore
Daniel Balavoine est vendu à la sortie des concerts de Présence
mais il n'intéresse pas les radios et ne rencontre aucun succès
commercial. Il s'en vend moins de 250 exemplaires.
Daniel quitte Présence au bout d'un an et
demi car le groupe se repose entièreent sur lui et le jeune chanteur
ne supporte plus cette trop grande responsabilité. Il prend son rôle
tellement à coeur qu'il lui arrive d'installer un lit de camp dans le
studio d'enregistrement. On dit que la nuit porte conseil et Daniel ne veut
laisser passer aucune inspiration.
Présence étant sous contrat chez Vogue, le directeur artistique
de cette maison de disque ne souhaite pas se séparer de Daniel Balavoine
et lui demande de composer quelques chansons. Malheureusement, chacune de ses
tentatives est repoussée. Le producteur commente ses textes en ces termes
: "C'est de la merde !".
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Débuts en solo
De ces séances infructueuses, il reste les
inédits : « La Confiture », « Tout va bien »
et « Même sans tes fleurs », que Vogue éditera enfin
à sa mort, en 1986, sur un mini-33 tours avec le "simple" de
Présence et le sien en solo.
Mais Daniel s'accroche et réussit à retenir l'attention de son
directeur artistique avec « Viens vite » et « Lire un livre
» qui paraissent sur un 45 tours. Selon Daniel, le producteur a été
odieux, ne se privant pas de corriger les chansons de son premier disque en
solo. Edité en 1973, il ne rencontre pas plus de succès que «
Le jour s'est levé » avec Présence.
La période de Vogue n'a pas procuré
beaucoup de bonheur au jeune Balavoine. Pour cette raison, il décide
de changer de registre en devenant choriste avec son frère Guy. Les frères
Balavoine ont la chance de posséder une tessiture vocale particulière,
assez recherchée et tous deux passent des journées comlplètes
dans les studios d'enregistrement. Ils sont capables d'assurer les choeurs masculins
et féminins, ce qui est une aubaine pour les producteurs.
Daniel garde en mémoire la sécérité du directeur
artistique et s'est juré de ne plus jamais être dirigé.
Il doit donc apprendre les techniques de réalisation par lui-même.
Pour cette raison, il demande fréquemment la permission de rester dans
les studios après les enregistrements. Il se familiraise avec les divers
procédés de conception d'un disque.
1973 est aussi l'année où Daniel chante
dans sa première comédie musicale. En effet, il est engagé
comme choriste dans les spectacle « La Révolution Française
» monté au Palais des Congrès à Paris par Claude-Michel
Schonberg avec Martin Circus pour principale vedette.
Parallélement, Daniel fait une rencontre marquante pour sa carrière
future. Son frère Guy et lui sont engagés pour remplacer deux
des membres du groupe Blanc Bleu, dont l'un des musiciens est Alain Chamfort.
Blanc Bleu est invité par Europe n°1 et, dans les couloirs de la
radio, Florence Albouker remarque les frères Balavoine. Florence est
la productrice de Patrick Juvet, le chanteur-phare du moment,et souhaite engager
les deux choristes pour accompagner son poulain à l'Olympia. Finalement,
seul Daniel est retenu pour les choeurs. Le spectacle « Patrick Juvet
vous raconte son rêve » est enregistré sur un 33 tours des
disques Barclay. Dans ce même disque, on peut entendre très disctinctement
la voix de Daniel qui surplombe celle de Juvet dans deux chansons « Toujours
du cinéma » et « Unisex ».
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Avec Patrick Juvet
Il est amusant de noter que le morceau « Unisex
» a été écrit par un artiste qui lui aussi débute
dans l'ombre de Patrick Juvet : Jean-Michel Jarre.
Daniel Balavoine apprend à connaître
Patrick Juvet et ses musiciens qui le surnomment balle de foin, balle de
son ou encore balle d'avoine . Il remarque la contradiction
qui existe entre l'homme et la vedette. Juvet est bien différent du chanteur
à minettes qui figure sur les couvertures des magazines pour jeunes.
Il ne joue pas la musique qu'il aime. Celle-ci est loin de la variété
sucrée pour jeunes filles en fleur. Les albums que Daniel trouve dans
la discothèque de Juvet sont plus ceu d'Elton John et ceux du groupe
America que ceux de Calude François.
Prenant conscience du désarroi de Patrick
Juvet, Daniel Balavoine tente de l'aider en changeant son répertoire.
Il écrit « Regarde » que Juvet chante en 1974 sur un 45 tours
puis « Chrysalide », un album qui sort des sentiers battus et de
la varieté française classique. Car « Chrysalide »
est un 33 tours de transition dans la carrière de Patrick Juvet. Il est
situé entre sa période variété et celle disco dont
les albums sont au début produite par Jean-Michel Jarre. Le demi-échec
de « Chrysalide » s'explique donc par la surprise du public devant
un tel changement de registre.
Daniel Balavoine a écrit la majorité des titres dont « Couleurs
d'automne » qu'il interpète seul. Fait rare dans le milieu égocentrique
du showbiz, une vedette donne sur son album sa chance à un artiste totalement
inconnu. Séduit par les paroles et la musique de « Couleurs d'automne
», Patrick Juvet insiste pour que Daniel puisse défendre sa propre
chanson sur « Chrysalide ».
Pour en savoir plus sur Patrick
Juvet
Le titre « Couleurs d'automne » a été
enregistré un soir après les séances de Juvet. Balavoine
a demandé l'autorisation de rester dans le studio sans imaginer un seul
instant qu'il allait composer le morceau qui lui permettrait de commencer véritablement
sa carrière de chanteur. Car même si « Couleurs d'automne
» n'a pas été retenu par les radios, il a séduit
un des responsables de la maison de disques Barclay, Léo Missir. Ce dernier
contacte Daniel qui, voyant là une chance inouïe de se faire connaître,
tente le tout pour le tout.
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Barclay
Interrogé par la revue "Superstars de
la chanson", Léo Missir évoque cette première rencontre
: « Je vois arriver Daniel, les cheveux longs, très renfrogné,
qui avait quitté Vogue et à qui je propose de faire un disque.
Et il accepte à la condition de faire un 30 cm (NDLR : un album) par
an, d'avoir une liberté de création totale, de pouvoir choisir
ses chansons, ses musiciens, son ingénieur du son, son studio d'enregistrement,
soit exactement le contraire de la méthode habituelle (...). Sans savoir
pourquoi, je lui ai répnsu sans hésiter d'accord ! Il en est resté
abassourdi. Il m'a dit : Ah bon ? Et moi : Oui, et même si tu le veux,
tu enregistres la semaine prochaine. Moi, je serais derière la console
pour superviser le tout. »
Ce que Léo Missir ne raconte pas c'est que,
en plus de toutes ces conditions, Daniel voulait enregistrer en Angleterre.
En fait, il était parti avec l'idée que, pus il serait exigeant
avec Barclay, plus il aurait de chance d'obtenir ce qu'il voulait, et il ne
s'est pas trompé.
Léo Missir a accepté toutes ces conditions sauf les séances
à Londres. Il estime que Daniel est peut-être encore un peu jeune
pour pouvoir bénéficier de ce privilège, les studios anglais
étant réputés pour être les meilleurs (et les plus
chers) au milieu des années 70.
Pour le reste, Léo Missir juge Daniel Balavoine seul responsable de ses
choix, y compris pour l'absence de producteur. Daniel est tellement surpris
par le succès de son coup de poker qu'il signe toute de suite le contrat,
sans discuter les conditions.
En réalité, il est quand même
un peu inquiet car il n'a pas assez de chansons pour publier un album. Pour
cette raison, il décide d'apprendre le piano et y parvient de façon
autodidacte, en l'espace de trois mois. Il est fin prêt pour compose de
nouveaux titres que Léo Missir trouve acceptables. Le premier album de
Daniel, édité sous la houlette de Léo Missir, paraît
en 1975. Il a pour titre « De vous a elle en passant par moi » (cf.
Discographie de ce site) et est le fruit de rencontres et de concours de circonstances.
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Choriste
Mais il bon de revenir sur les événements
qui ont permi au jeune Bibo de devenir Balavoine.
Au cours des années 1973-1974, Daniel s'est
constitué une famille, un entourage solide et déterminant pour
la suite de sa carrière. Il en aura connu des galères avant d'arriver
dans le bureau de Léo Missir.
Avec son frère Guy, il doit gagner sa vie
en assurant les choeurs des Fléchettes, une formation féminine
du label de Claude François, Flèche. Il chante également
derrière les groupes Triangle et Martin Circus. La carrière solo
du jeune chanteur n'est pas encore au beau fixe.
Pour cette raison, Daniel enchaîne les petits boulots. Toujours en compagnie
de son frère Guy, il chante dans des spots de pub pour Kelton et Mobilier
de France. Quand les fins de mois sont vraiment difficiles, il arrive que Daniel
se fasse engagé pas des sociétés pour distribuer des prospectus
dans les boîtes à lettres.
En septembre 1973, Daniel fait la rencontre qui
va le placer sur les bons rails, en la personne de Patrick Juvet. Le chanteur
suisse, touché par la voix exceptionnelle du jeune choriste, prend Daniel
sous son aile. Balavoine assume donc les choeurs de Juvet à l'Olympia,
le 5 novembre 1973, puis accompagne l'idole des jeunes filles lors d'une tournée
d'été en 1974.
L'amitié entre Balavoine et Juvet est très forte, à tel
point que Daniel s'installe à Bonfruit, dans la grande banlieue parisienne,
où loge Patrick Juvet avec sa compagne Florence Albouker. Dans la maison
de Bonfruit, Daniel commet une imprudence qui aurait pu lui coûter la
vie... Florence Albouker, terrifiée par l'ombre qui venait de passer
sur Daniel, décide de vendre la maison sur le champ comme elle le racontera
en janvier 1996 sur Radio France Aquitaine dans la série "Je ne
suis pas un héros" : « Dans cette maison, il y avait une
piscine qui était à côté de la salle de musique,
piscine couverte avec un sauna parce qu'il avait toujours ce problème
de poids. Il était obsédé par les régimes et le
désir de maigrir parce que ça le complexait beaucoup. Il a fait
un sauna trop chaud, il a plongé dans la piscine et là... raide
! Un des musiciens a plongé, Patrick y est allé et on l'a sorti.
Ce n'était pas le jour, Dieu merci. Mais moi j'ai eu très peur
et on a vendu la maison. »
Peu avant l'incident, Florence Albouker et Patrick
Juvet ont surpris Daniel jouant et composant au piano en pleine nuit. Conquis
par le talent de Balavoine, ils décident de lui accorder de choix dans
l'album « Chrysalide ».
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De vous à elle...
Au cours de ces séances d'enregistrement,
Daniel rencontre Andy Scott qui deviendra l'ingénieur du son de tous
ses futurs 33 tours. Patrick Juvet est grandement responsable de la carrière
de Daniel Balavoine car il lui perme égalment de trouver des musiciens
talentueux : Patrick Dulphy, Bernard Serré et Hervé Limertz.
Tous trois vont bientôt embarquer dans l'aventure de « De vous à
elle en passant par moi » et, un peu plus tard, ils formeront le groupe
Clin d'Oeil.
Souhaitant défendre son nouveau poulain,
Florence Albouker prend en charge la destinée de Daniel. Elle présente
le LP « Chrysalide » à Léo Missir, bras droit d'Eddie
barclay... et futur père spirituel de Balavoine. La carrière du chanteur est désormais lancée. Daniel vient de signer
son premier contrat chez Barclay.
A la suite de cet événement heureux,
il retrouve Catherine Ferry qu'il avait rencontrée à l'époque
de Présence. Elle souhaite démarrer une carrière de chanteuse
sans oser en parler à Daniel. Grâce à Aldo Martinez (ami
de Coluche et ancien bassiste des Chaussettes Noires d'Eddy Mitchel), elle passe
une audition et choisit de chanter « Couleurs d'Automne ». Catherine
Ferry éprouve une certaine attirance pour Daniel Balavoine. Aldo devait
être assez sensible pour avoir su la remarquer car il décide d'inviter
Daniel à l'audition chez Barclay.
En appelant Balavoine, le regretté Aldo Martinez précise qu'il
aura une surprise. Une grande histoire d'amour va commencer. Daniel est amoureux
et il vient de terminer son premier album « De vous à elle en passant
par moi ». Outre ce titre, on y trouve : « Pas plus intelligent
», « Pauvre Nicolas », « L'alcool n'y change rien »,
« Tes pieds toucheront par terre », la reprise de « Couleurs
d'Automne », « L'enfant aux yeux d'Italie » et la suite «
Mona Lisa » avec « La chanson vide », « La première
fille de ma vie », « Elle reprisait mes chaussettes » et «
Ça ne vous regarde plus », plus le simple « Evelyne et moi
» / « Vis loin de moi » qui en est extrait.
La vie lui sourit, il ne manque plus que le succès.
Malheureusement, le disque n'intéresse que peu d'animateurs de radio.
Parmi ceux qui le défendent, figurent Claude Villiers (futur animateur
du "Tribunal des Flagrants Délires"), Patrice Blanc-Francard
et Bernard Lenoir (piliers des Enfants du Rock à la télévision
au début des années 1980). Tous trois programment « Evelyne
et moi » dans leur émission "Pas de panique" sur France
Inter.
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Mélodie S.A. et Catherine Ferry
La presse est également assez froide. Le
magazine "Salut" est un des rares à s'intéresser de
prés à Daniel puisque trois pages lui sont consacrées.
Pour un chanteur peu connu, il s'agit vraiment d'une promotion formidable.
Même en absence de succès, Daniel se frotte au difficile exercice
de la télévision. Il se produit chez Danièle Gilbert, à
Midi Première; chante « Evelyne et moi » à "Samedi
est à vous", émission de Guy Lux, le 13 spetmebre 1975.
Après l'échec de « De vous à
elle en passant par moi », Daniel monte le groupe Mélodie S.A.
avec ses frères Guy et Bernard Balavoine. Le nom de la formation a été
inspiré par la petite fille que vient d'avoir l'épouse de Guy.
Mélodie S.A. réalise deux 45 tous chez Barclay. Le premier paraît
pendant l'été 1975 et comporte les chansons « Et je m'en
vais » (reprise de « Then he kissed me » des Crystas, adapté
en 1963 par Richard Antony) et « Si peu d'été » (paroles
de Guy Balavoine, musique de Patrice Schreider). Il est diffusé pendant
quinze jours à la radio mais en plein mois d'août, ce qui ne contribue
pas à l'amélioration des ventes.
Le deuxième disque de Mélodie S.A. sort au début de l'année
1976. Les deux titres, « Sally » et « Autrefois », sont
de Guy et Daniel Balavoine. La pochette représente les deux frères
dessinés de façon naïve. « Sally » est programmé
régulièrement sur France Inter. Daniel et Guy passent également
dans l'émission télé "Les visiteurs du mercredi"
présentée alors par un jeune animateur peu connu, Patrick Sabatier.
Le succès n'et pas encore au rendez-vous.
De son côté, Daniel a réalisé
un nouveau 45 tours intitulé « Vienne la pluie », avec «
La tête en bas » en face B. Ce disque recueille guère plus
de suffrages que le précédent album « De vous à elle
en passant par moi ». De plus ce simple connaît des problèmes
dès sa sortie car le tableau "Les vacances de Hegel" (1958)
de Mgritte qui orne la pochette a été emprunté sans autorisation
!
En cette année 1975, Daniel ne chôme
pas puisqu'il écrit également pour Catherine Ferry. Deux morceaux
paraissent sur un premier 45 tours, « Julia Mon Coeur » et «
Chanson pour toi ». Quelques mois plus tard, Daniel compose « Petit
Jean » qui figure sur la face B de « 1, 2, 3 », tube qui fait
connaître Catherine Ferry au grand public lors du concours Eurovision
de la chanson en 1976.
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Simon et Gunther... Stein
Comme la réussite le boude, Daniel Balavoine
choisit d'errêter... Léo Missir s'inquiète mais Daniel,
lucide, répond qu'il est incapable d'écrire de nouveaux titres
qui se démarquent vraiment de son premier album.
Il prend donc quelques mois de congé sabbatique. Il quitte tout de même
sa retraite à deux reprises. Il apparaît le 3 avril 1976 derrière
Catherine Ferry pour qui il assure les choeurs lors de l'Eurovision. Pourtant,
Daniel déteste la chanson « 1, 2, 3 » qui permet tout de
même à Catherine Ferry de terminer à la deuxième
place du concours. Peu après, il écrit les paroles de «
La fille du train » pour un 45 tours de son ami guitariste chez Decca.
En 1976, Daniel s'accorde le temps de la réflexion
nécessaire à la création artistique. Il suit Catherine
Ferry, sa fiancée, qui connaî le succès avec « 1,
2, 3 ». Catherine est appelée par de nombreuses chaînes de
télévision en Europe. A cette occasion, Catherine et Daniel s'envolent
pour la Pologne. Le jeune chanteur idéaliste en revient bouleversé
Il y a constaté de drôles de choses, selon sa propre expression.
Dans l'hôtel où ils logent, il a rencontré des gens qui
vendent des revues pornos de façon clandestine. En visitant les grands
magasins, il a la stupeur de trouver mille paires de gants ou mille imperméables
identiques dans les rayons. Sur les plateux de télévision, Daniel
et Catherine font la connaissance d'un chanteur originaire de Berlin-Est dont
le rêve est de se produire à l'Olympia. Bien-sûr, il sait
que son souhait est irréalisable en cette époque où les
Européens de l'est sont emprisonnés derrière le rideau
de fer. Les injustices et la misère des Polonais donnent à Daniel l'envie de gueuler, comme il l'avouera plus tard.
Ce besoin se traduit par la réalisation d'un
deuxième 33 tours : « Les aventures de Simon et Gunther... Stein
», qui sort en avril 1977. Il s'agit d'un album-concept qui a pour cadre
le mur de Berlin, enchaînant les titres : « Correspondances »,
« La porte est close», « La réponse», «
Mon pauvre Gunther », « J'entends cogner ton coeur », «
Lise Altman », « Les aventures de Simon et Gunther », «
Lady Marlène», « La lettre à Marie » et «
Ma musique et mon patois ».
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Lady Marlène
L'histoire repose sur deux frères qui se
sont donnés rendez-vous le 13 août 1961, rue Bernauer, lieu où
est précisément édifié le premier pan du mur. Séparés
par cette sournoise frontière, tous les deux établissent une correspondance.
L'ensemble du disque est sombre et l'histoire s'achève par la mort de
Simon, abattu alors qu'il tente de passer à l'Ouest.
Pour « Les aventures de Simon et Gunther...
Stein », Daniel bénéfice des moyens qu'aurait obtenu un
chanteur déjà fort célèbre. Léo Missir contribue
largement à ce privilège. Balavoine a choisi ses propres musiciens
et son ingénieur du son, il s'agit évidemment d'Andy Scott. Les
amitiés forgées au cours des sessions du LP « Chrysalide
» de Patrick Juvet se révèlent très constructives.
Le deuxième 33 tous de Daniel Balavoine a coûté une véritable
fortune à Barclay. Le chanteur avait prévu 120 heures de studio,
en définitive il en faut 256 pour achever le disque. Daniel, perfectionniste,
est parti à Berlin pour trouver les menus détails illustrant le
disque. A l'Ouest, il a obtenu le plan de la ville et tous les noms de rue.
A l'Est, l'administration n'a pas été aussi coopérative.
Il est tellement écoeuré par le comportement des fonctionnaires
est-allemands qu'il quitte l'ambasse berlinoise en levant un poing d'honneur
et déclare : « Vive la liberté camarde ! ».
Il s'agit sans doute d'un acte inutile mais tout à l'image du rebelle
qu'est Daniel Balavoine.
« Les aventures de Simon et Gunther... Stein
» bénéficie d'une promotion plus grande que l'album précédent.
Il en est tiré le simple « Lady Marlène » / «
La porte est close ». « Lady Marlène », chanson-phare
du disque, est diffusée sur toutes les radios et jusqu'a dix fois par
jour sur Europe n°1 pendant deux mois. Les auditeurs, agacés par
ce matraquage, téléphonent pour manifester leur lassitude. Daniel
est invité chez Michel Drucker, à plusieurs reprises chez Patrice
Laffont à "1 sur 5" et dans "Musique and music" présenté
par Jacques Martin le 29 mai 1977.
Grâce à cette dernière émission, au cours de laquelle
il interpète « Lady Marléne », France Gall et Michel
Berger découvrent la voix exceptionelle de Balavoine et le contactent
pour lui offrir le rôle de Johny Rockfort, le loubard de l'opéra-rock
« Starmania ».
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Musique et Patois
Le deuxième album de Daniel Balavoine connaît
un succès d'estime, il se vend à quelque cinq mille exemplaires
et a droit à un second extrait en 45 tous : « Ma musique et mon
patois » / « Lettre à Marie », tout un symbole.
Des journalistes apprécient ce disque à
sa juste valeur, comme ceux de Rock & Folk. Ce sera d'ailleurs la seule
critique que Daneil obtiendra dans cette revue.
Dans France Soir, sour le titre Chaud au coeur avec Balavoine ,
du 7 mai 1977, on peut lire : « Le 13 août 1961, Simon et Gunther
devaient se rencontrer rue Bernauer à Berlin. Mais lorsque Simon arriva,
des hommes en uniforme l'empêchèrent d'aller plus loin. Au même
instant, à l'autre bout de la rue il se passait la même chose pour
Gunther... la ville était divisée en deux par un mur. il est bien
des murs invisibles qui font que cette histoire aurait pu se passer n'importe
où. C'est ce que raconte Daniel Balavoine, dans un premier disque (30
cm Barclay) d'une originalité qui détonne, il faut bien le dire,
dans le monde de la chansonette où le mur de Berlin n'est pas souvent
prétexte à refrains. Mêlant habilement ce passé lointain,
« Lise Altmann » aux prises avec les "messieurs aux manteaux
longs" ramène au temps des nazis et de la Gestapo et, le mur très
présent, Daniel Balavoine dénonce la cruauté et le sadisme
des hommes. Justement, c'est une chanson, une sétie de chansons qui toutes
ont à conter des histoires d'aujourd'hui. Et sur quel ton ! Dans «
La lettre à Marie », Daniel Balavoine dit quelque part "J'ai
chaud aux mains, Marie". Ecouter son disque donne chaud au coeur. »
Son premier album : « De vous à elle
en passant par moi », a été un tel échec que Daniel
en est marqué profondément, au point de ne plus jamais en interpréter
le contenu. En revanche, Balavoine garde un petit faible pour son deuxième
33 tours car il lui a permis de se faire connaître des médias.
Interogé en 1985 par Jean-Louis Foulquier à "Pollen"
sur France Inter, Daniel se souvient : « C'est une chanson («
Lady Marlène ») qui a compté beaucoup, que j'ai chantée
dans ton émission, Jean-Louis, pour la première fois il y a une
dizaine d'année. J'avais chanté cette chanson au piano mais elle
n'était pas encore enregistrée sur le disque. C'est parce que
je revenais d'un voyage en Pologne que j'avais fait cette chanson. La veille
de l'avoir écrite et donc la veille de l'émission, j'avais décidé
de faire tout un album sur ce sujet là (le mur de Berlin). Tu avais eu
la primeur de mes débuts. Même si cette chanson n'a pas eu de succès
commercial, elle m'avait ouvert toutes les portes car les journalistes trouvaient
très étonnant qu'un bonhomme de 23 ans fasse un album sur le mur
de Berlin, c'était un sujet ingrat. »
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En route vers la gloire
Parmi les nombreuses anecdotes illustrant l'historique
du deuxième album de Daniel Balavoine : « Les aventures de Simon
et Gunther... Stein », figure celle qui concerne Elisabeth Balavoine,
sa maman. Lors de l'enregistrement du titre « Lise Altman », Elisabeth
joue le rôle de la maman des frères Stein. Elle annonce à
Simon, l'aîné des frères Stein, une bien triste nouvelle
: « Tu vois mon petit, c'est pareil ici, ne dis rien à tes amis
mais jeudi à midi ils ont emmené ton père aussi. »
Interviewé par Jacky en 1982, Daniel évoque cette séance
: « Mon frère avait fait deux textes et c'est dans ce disque
que maman a chanté, elle avait signé la feuille de séance.
Et puis ont peut dire que ça a interessé plein de gens. j'ai fait
toutes les émissions de télé (...), ça m'a fait
connaître. »
Enfin, en 1977, Daniel Balavoine redevient choriste
sur l'album « Roman-Photo » d'Alain Bashung. A cette occasion, il
retrouve Daniel Darras avec qui il avait travaillé dans le groupe Présence.
Devant l'échec commercial de ses deux albums. eddie Barclay signifie
clairement à Balavoine qu'il a encore droit à un troisième
essai avant qu'on ne lui rende son contrat... La suite fait partie de l'histoire
(Jukebox Magazine n° 18) avec l'énorme succès du « Chanteur
» en 1978, qui génère la compilation « La Chanson
Française » en 1979, basée sur ses premiers titres avec
: « De vous à elle en passant par moi », « Vienne la
pluie », « Ma musique et mon patois », « Lady Marlène
», « Evelyne et moi », « Couleurs d'automne »,
« La porte est close », « Lettre à Marie », plus
le 45 tours de 1978 : « Le français est une langue qui résonne
» / « Je suis bien ».
Dès lors, touché de plein fouet par
la gloire, Balavoine assume son succès médiatique, jusqu'a sa
mort lors du Paris-Dakar, le 14 janvier 1986, où il participe à
l'opération "Pari du Coeur", supervisant l'installation de
pompes à eau en Afrique. Après sa disparition, Vogue en profitera
pour rééditer ses premières chansons avec le simple : «
Viens vite » / « Lire un livre » de 1973, augmenté
de l'inédit : « La Confiture ». Ces trois morceaux sont repris
sur un mini-album (rédité plus tard en CD) avec le 45 tours de
1971 de Présence : « Le jour s'est levé » / «
La lumière et la folie », plus deux autres inédits de Daniel
Balavoine de 1973 : « Tout va bien » et « Même sans
tes fleurs », bouclant la boucle.
Thierry Rouault
Association "L'Inoubliable"
131 avenue de Fontainebleau
94270 LE KREMLIN-BICÊTRE