Le premier concert de Daniel eut lieu à
Lille et il fut
critiqué par un journaliste manifestement fan de Julien Clerc...
Premier gala d'un jeune chanteur, Daniel Balavoine au "Sébasto
" du studio à la scène, la route est longue...

Affiche du concert au théâtre
Sébastopol
Daniel Balavoine était mort de trac lorsqu'il se
faufila dans l'obscurité de la scène pour interprêter Face
amère face amour sa chanson d'entrée, soutenu par « Clin
d'oeil » le groupe musical qui l'accompagne dans son aventure.
Car c'était, hier soir au théâtre Sébastopol
de Lille, son premier spectacle. Pas vraiment un baptême des planches
puisque nous le vîmes, en brillant équipage, jouer l'hiver dernier
les capitaines courageux sur le pont de « Starmania », certes un peu
perdu sur l'immense plateau du Palais des Congrès, et pas tellement dans
la peau de son personnage, mais avec des promesses dans la voix, et ce rien
de personnel qui provoque instantanément le déclic.
Rescapé de la comédie musicale, ce jeune
auteur interprète, s'est donc peu à peu imposé sur le marché
du disque avec quelques chansons au ton moderne, d'une écriture plaisante,
authentifiées par un timbre assez original et une diction curieuse.
Il aurait pu, comme tant d'autres, poursuivre sa carrière
en studio et n'apparaître qu'à la télévision pour
faire la promotion de son répertoire avec le renfort des hit-parades
radiophoniques plus ou moins préfabriqués, ce que l'on commence
tout de même à savoir. Or, Daniel Balavoine, il faut lui rendre
cette justice, n'a pas voulu s'en contenter. Ainsi chantait-il, tout seul, comme
un grand devant sa maman, son producteur Léo Missir, ses copains montés
en force de Paris et trois cents supporters lillois inconditionnels comme pas
un. Le théâtre Sébastopol est bien vaste tout de même
pour un débutant, même connu.
Un tiers des fauteuils seulement étaient occupés.
Mais l'absence des autres, il s'en « foutait », Balavoine, il ne l'a
pas envoyé dire, gentiment bien sûr, sur le mode désinvolte
et pourtant on imaginait sa déception. Le beau rêve d'être
un jour une « star » avoué par le « chanteur » n'est
pas encore réalisé...
Alors c'était comment ce premier show « balavoinien
». Un peu brouillon, pas très au point, crispé au début,
moins coincé ensuite, presque professionnel vers la fin. Mais sympathique
de bout en bout. Il portait une espèce de combinaison de souple cuir
noir et des baskets sûrement très pratique, « relax au maxi
», diraient ses « fans » et puis, on peut au moins jouer avec
la fermeture-éclair quand on ne sait pas quoi faire.
La gorge nouée, dans un contre-jour protecteur,
avec la découpe des musiciens en ombres chinoises sur un écran
lumineux, Daniel Balavoine a su prendre de l'assurance au fil des chansons.
Ses aigus accrobatiques ultra-légers ne se sont pas envolés dans
les cintres ni applatis sur l'avant-scène. Il a tenu bon, s'est accroché
au micro, s'est défendu crânement. Parler au public, dire un peu
n'importe quoi mais parler, ça lui a fait du bien. On aurait même
pu croire qu'il avait de l'expérience, de l'aisance dans les dernières
foulées de son parcours du combattant.
Qu'a-t-il ? Que lui manque t-il ? Il a la jeunesse pour
lui, une pas vilaine petite gueule de faux dur au coeur tendre, ce « truc
» dans la voix qui le différencie de Julien Clerc ou de Véronique
Sanson, sans qu'on les oublie. Comment dire ? Un vibrato romantique...
Et puis des chansons qui ont bien sûr, vingt ans
cet hiver, à la mode quoi, dans le vent, avec un rythme qui plait, la
couleur qu'on aime, du gentil spleen, de l'amour lucidement fou et un rien de
contestation pas très méchante. On en connaît plusieurs,
et on se réchauffe à taper des mains : ça fait passer le
temps et en plus de mal à personne.
On veut des titres ? « Je suis bien », «
Lucie », « Ne me laisse pas m'en aller », « Lady Marlène
», « Le chanteur »...
Mais pas terrible, le « Clin d'oeil » quand il
a perdu sa voix !
Ce qui lui manque encore à Daniel Balavoine ? Le
métier d'abord. Cela peut s'apprendre. La présence aussi, et c'est
déjà plus embêtant. Au fond, quand il chante, pas de doute,
il chante, on retrouve bien le disque, et que se passe-til d'autre ? Certes,
il bouge, il trépide, déambule, ponctue de gestes certains couplets
; on attend l'étincelle, le miracle, en vain.
La « claque » a bien rempli son contrat. Lui
aussi. Les spectateurs qui avaient payé semblaient contents. Ils ont
même trouvé qu'une heure un quart pour un « récital
» c'était un peu court. On l'a donc rappelé. Il a rechanté.
Puis, il est parti sous des bravos nourris, mêlés à quelques
exclamations désappointées.
Daniel Balavoine, c'est au moins mon avis, ne sera jamais
Julien Clerc. Peut-être ira-t-il quand même plus loin qu'on ne l'imagine
en acceptant de voler moins haut qu'on ne le dit, ces temps-ci, dans un certain
Paris.
J.M. Sourgens
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