Tous les cris, les S.O.S.
Premier gala
d'un jeune chanteur


La Voix du Nord,
25/11/79

Le premier concert de Daniel eut lieu à Lille et il fut
critiqué par un journaliste manifestement fan de Julien Clerc...


Premier gala d'un jeune chanteur, Daniel Balavoine au "Sébasto " du studio à la scène, la route est longue...

Sebasto

Affiche du concert au théâtre Sébastopol

Daniel Balavoine était mort de trac lorsqu'il se faufila dans l'obscurité de la scène pour interprêter Face amère face amour sa chanson d'entrée, soutenu par « Clin d'oeil » le groupe musical qui l'accompagne dans son aventure.

Car c'était, hier soir au théâtre Sébastopol de Lille, son premier spectacle. Pas vraiment un baptême des planches puisque nous le vîmes, en brillant équipage, jouer l'hiver dernier les capitaines courageux sur le pont de « Starmania », certes un peu perdu sur l'immense plateau du Palais des Congrès, et pas tellement dans la peau de son personnage, mais avec des promesses dans la voix, et ce rien de personnel qui provoque instantanément le déclic.

Rescapé de la comédie musicale, ce jeune auteur interprète, s'est donc peu à peu imposé sur le marché du disque avec quelques chansons au ton moderne, d'une écriture plaisante, authentifiées par un timbre assez original et une diction curieuse.

Il aurait pu, comme tant d'autres, poursuivre sa carrière en studio et n'apparaître qu'à la télévision pour faire la promotion de son répertoire avec le renfort des hit-parades radiophoniques plus ou moins préfabriqués, ce que l'on commence tout de même à savoir. Or, Daniel Balavoine, il faut lui rendre cette justice, n'a pas voulu s'en contenter. Ainsi chantait-il, tout seul, comme un grand devant sa maman, son producteur Léo Missir, ses copains montés en force de Paris et trois cents supporters lillois inconditionnels comme pas un. Le théâtre Sébastopol est bien vaste tout de même pour un débutant, même connu.

Un tiers des fauteuils seulement étaient occupés. Mais l'absence des autres, il s'en « foutait », Balavoine, il ne l'a pas envoyé dire, gentiment bien sûr, sur le mode désinvolte et pourtant on imaginait sa déception. Le beau rêve d'être un jour une « star » avoué par le « chanteur » n'est pas encore réalisé...

Alors c'était comment ce premier show « balavoinien ». Un peu brouillon, pas très au point, crispé au début, moins coincé ensuite, presque professionnel vers la fin. Mais sympathique de bout en bout. Il portait une espèce de combinaison de souple cuir noir et des baskets sûrement très pratique, « relax au maxi », diraient ses « fans » et puis, on peut au moins jouer avec la fermeture-éclair quand on ne sait pas quoi faire.

La gorge nouée, dans un contre-jour protecteur, avec la découpe des musiciens en ombres chinoises sur un écran lumineux, Daniel Balavoine a su prendre de l'assurance au fil des chansons. Ses aigus accrobatiques ultra-légers ne se sont pas envolés dans les cintres ni applatis sur l'avant-scène. Il a tenu bon, s'est accroché au micro, s'est défendu crânement. Parler au public, dire un peu n'importe quoi mais parler, ça lui a fait du bien. On aurait même pu croire qu'il avait de l'expérience, de l'aisance dans les dernières foulées de son parcours du combattant.

Qu'a-t-il ? Que lui manque t-il ? Il a la jeunesse pour lui, une pas vilaine petite gueule de faux dur au coeur tendre, ce « truc » dans la voix qui le différencie de Julien Clerc ou de Véronique Sanson, sans qu'on les oublie. Comment dire ? Un vibrato romantique...

Et puis des chansons qui ont bien sûr, vingt ans cet hiver, à la mode quoi, dans le vent, avec un rythme qui plait, la couleur qu'on aime, du gentil spleen, de l'amour lucidement fou et un rien de contestation pas très méchante. On en connaît plusieurs, et on se réchauffe à taper des mains : ça fait passer le temps et en plus de mal à personne.

On veut des titres ? « Je suis bien », « Lucie », « Ne me laisse pas m'en aller », « Lady Marlène », « Le chanteur »...

Mais pas terrible, le « Clin d'oeil » quand il a perdu sa voix !

Ce qui lui manque encore à Daniel Balavoine ? Le métier d'abord. Cela peut s'apprendre. La présence aussi, et c'est déjà plus embêtant. Au fond, quand il chante, pas de doute, il chante, on retrouve bien le disque, et que se passe-til d'autre ? Certes, il bouge, il trépide, déambule, ponctue de gestes certains couplets ; on attend l'étincelle, le miracle, en vain.

La « claque » a bien rempli son contrat. Lui aussi. Les spectateurs qui avaient payé semblaient contents. Ils ont même trouvé qu'une heure un quart pour un « récital » c'était un peu court. On l'a donc rappelé. Il a rechanté. Puis, il est parti sous des bravos nourris, mêlés à quelques exclamations désappointées.

Daniel Balavoine, c'est au moins mon avis, ne sera jamais Julien Clerc. Peut-être ira-t-il quand même plus loin qu'on ne l'imagine en acceptant de voler moins haut qu'on ne le dit, ces temps-ci, dans un certain Paris.

J.M. Sourgens

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