Articles parus dans la presse (1986)
Les circonstances de l'accident
(AFP, 12 janvier 2006)
Le mardi 14 janvier 1986 vers 19h00, l'hélicoptère transportant le créateur du rallye-raid Dakar, Thierry Sabine, et quatre autres personnes, s'est écrasé à 8 kilomètres de Gourma-Rharous, au Mali, où il devait atterrir, tuant sur le coup les cinq passagers.
Sabine était accompagné du chanteur Daniel Balavoine, de la journaliste Nathaly Odent, du pilote François-Xavier Bagnoud et du technicien radio Jean-Paul Lefur. Gourma-Rharous était la ville d'arrivée d'une étape partie de Niamey, la capitale du Niger, et qui avait fait escale à Gao, au Mali.
Balavoine ne participait pas au rallye cette année-là après l'avoir disputé en 1983 et 1985. Il faisait partie d'un groupe d'invités arrivés la veille à Niamey. Il s'était rendu à Gao pour discuter avec le gouverneur régional de la distribution des pompes à eau au Mali dans le cadre de son opération "Paris-Dakar/Paris du coeur" lancée l'année précédente.
Une place étant libre, Sabine lui avait proposé de faire son baptême d'hélicoptère. Il avait ensuite donné le coup d'envoi d'un match de football entre Gao et Mopti dans le cadre d'une épreuve parrainée par le rallye. Puis l'appareil avait décollé dans des conditions exécrables. "Il y avait un vent de sable épouvantable", raconte le journaliste Jean-Luc Roy, qui avait participé à l'édition précédente avec Balavoine comme copilote et rédigeait un livre sur le rallye avec Sabine.
A la nuit tombante, l'appareil s'était posé une première fois à 25 km du bivouac installé à Gourma-Rharous, au bord du fleuve Niger. Il avait ensuite redécollé avant de se heurter à une dune. "A l'époque, on avait l'impression qu'on pouvait faire n'importe quoi et que ça passait tout le temps, témoigne Roy. Malheureusement cette fois-là, ce n'est pas passé". "C'était l'émoi sur le bivouac, où nous n'étions pas très nombreux, se remémore l'ancien motard Raymond Loiseau. On avait du mal à le croire".
La nouvelle fut annoncée le lendemain à Niamey à la compagne de Sabine, Suzanne. Elle l'apprit de la bouche de l'un des responsables de l'organisation Roger Kalmanovitz, qui était resté dans la capitale nigérienne pour régler des problèmes administratifs et financiers avec les autorités.
Adieu Balavoine
(Télé Poche, janvier 1986)
Pas d'ac ! Trop c'est trop et surtout trop injuste. A l'heure où nous nous
préparions à terminer ce Télé Poche, l'information est tombée : Daniel
Balavoine, Thierry Sabine, la journaliste Nathaly Odent,
F.-X. Bagnoud, le pilote et J.-P. Le Fur, le radio de l'helicoptère de la
direction du Paris-Alger-Dakar sont morts. IlS se sont écrasés au Mali, pris
dans une tempête de sable, une semaine avant l'arrivée du Rallye. Ce rallye
adoré ou décrié, une fois de plus, fait payer un lourd tribut; il nous a
pris un des chanteurs les plus vrais, une des personnalités les plus
authentiques du show biz. Grande gueule et coeur gros comme ça, Balavoine était toujours prêt à défendre ce qu'il estimait « la bonne cause ». Il
participait d'ailleurs au Paris-Dakar, non pas en concurrent mais en
bénévole, attaché à une opération humanitaire. Pas question pour lui de
traverser l' Afrique sans voir les gens du pays ». Il n'était pas hypocrite,
Balavoine. Il assumait... même quand ses propos se retournaient contre lui.
Et s'il faisait parfois la une de l'actualité, c'était tout simplement parce
qu'il osait dire tout haut ce que chacun pense tout bas. Mais depuis quelque
temps, Daniel Balavoine restait plus discret. Inutile d'occuper une tribune,
ses chansons lui suffisaient pour s'exprimer. La dernière « L'aziza » est
exemplaire. Elle sera le dernière succès de ce chanteur-vedette dont le
premier disque n'avait trouvé que 47 acquéreurs.
Daniel Balavoine aurait eu trente-quatre le 5 février prochain.
Une longue procession
(Le Matin, 22 janvier 1986)
Beaucoup d'émotion et de dignité de la plupart des admirateurs du chanteur.
Des milliers de personnes se sont recueillies samedi au funérarium du mont Valérien à Nanterre (Hauts de Seine), devant le cercueil du chanteur Daniel Balavoine, selon une estimation de la police.
Le défilé des admirateurs devant la chapelle ardente a commencé dès 8 h 30, samedi, à l'ouverture des portes. Près de mille personnes se sont ainsi déplacées le matin, mais c'est à partir de 14 heures que le cortège a été le plus dense. La file d'attente atteignait alors trois cents mètres et il fallait patienter près de deux heures pour se recueillir devant le cercueil du chanteur.
a 17 h 30, heure de la fermeture officielle des portes du funérarium, ils étaient encore des centaines à s'être déplacés sans pouvoir approcher la dépouille du chanteur mort dans la course du Paris-Dakar. Les responsables des services de sécurité, nombreux autour du funérarium, attendaient pour le week-end près de dix mille personnes, mais cette estimation était largement dépassée dimanche.
Les gens ont défilé, silencieusement, dans la chapelle ardente disposée au sous-sol du funérarium. Le cercueil de chêne vernis, sans aucune inscritpion, était uniquement recouvert des fleurs apportées par la famille.
Devant le funérarium, petit bâtiment de briques rouges situé sur la colline du mont Valérien, ce fut une longue procession d'hommes et de femmes qui ont gravi et descendu la longue route menant à la chapelle ardente. Les visiteurs ont inscrits, sur les deux registres prévus à cet effet, quelques mots pour exprimer leur amitié, leur amour, leur admiration. Daniel Balavoine était, pour beaucoup d'entre eux, le porte-parole d'une génération.
Une jeune Africaine, parlant de l'action du chanteur aux côtés du mouvement SOS Racisme, dit que sa dernière chanson l'a profondément émue. Il m'a donné envie d'être moi-même, d'accepter la différence. Quand ont voit des gens qui luttent pour la dignité des minorités, on se dit que cela vaut le coup de rester en France.
Les admirateurs de Daniel Balavoine ont tous les âges. Ils représentent souvent plusieurs générations. Le chanteur était, pour cette mère de famille, un artiste populaire. Il touchait par sa musique, autant que cette grand-mère que cette adolescente, sur laquelle il avait en plus une profonde influence.
Pour une septuagénaire, les larmes aux yeux, la mort de Daniel Balavoine est comme la perte de l'un de mes propres enfants. Une telle injustice me fait profondément douter de l'existence de Dieu.
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