Je suis un être exceptionnellement
quelconque !
APRES SOUCHON ET SES MOTS ACCOLES, SON
STYLE SI IMITE,
APRES RENAUD ET SON REALISME BANLIEUSARD, LA GRANDE REVELATION
DE LA CHANSON FRANCAISE, C'EST INCONTESTABLEMENT DANIEL BALAVOINE...
La profession de foi de Daniel Balavoine est empreinte
de la lucidite des rêves. Son enfance aurait pu effectivement etre celle
de n'importe quel autre Français de sa génération, mais
il s'est vite cramponné au gouvernail de sa destinée pour lul
donner un cap bien différent... Né le 5 fevrier 1952, il voit
s'ouvrir devant lui un avenir douilet et respectable bordé de longues
etudes. II est le benjamin d'une famille aisée du Sud-Ouest de la France
et cet avenir est tres logique. Il sera deputé.
II était encore perdu dans ses rêves
Et les autres élèves
Pensaient qu'il venait du pays des fous
des mots de velours coulaient de ses lèvres
En torrent d'amour flou.
Dans la pension ou il passe toute son enfance, Daniel
Balavoine se prend de passion pour le français mais pas pour les études
et pas du tout pour la routine. "Par paresse", dira-t-il, mais plutot par prescience,
son esprit se met à gambader sur la gamme puis sur les cordes d'une guitare.
Emerveillé, il connait son premier public dans une maison de la culture
ou il fait ses armes pendant un an et où son virus musical devient peu
à peu incurable...
C'est entre ma musique et moi
Dans ma musique et mon patois
Que je cascade
Et je me noie.
Daniel Balavoine connait alors les affres des galas,
les problemes existentiels des groupes qui se font le soir et se défont
a l'aube, les insomnies des tournées de province.
La réputation de sa voix étonnante lui
permet un jour de monter à Paris. Le clin d'oeil du destin n'est pas
discret. Sa rencontre avec Patrlck Juvet en est un autre, qui les stimulera
tous les deux : le premier, sous la plume du second, entame la nouvelle phase
qu'on connait. Quant à Daniel Balavolne, son talent fleurlt et éclabousse,
sa musique sort de I'ombre et, de choriste, il devient vraiment l'instrument
de son art : Le Chanteur.
Et partout dans la rue le veux qu'on parle de mol
Que les fllles soient nues, qu'elles se jettent
sur moi
Qu'elles m'admlrent, qu'elles me tuent
Qu'elles s'arrachent me vertu.
Oeil de velours et crinière d'anarchiste, Daniel
Balavoine réusslt la difflcile synthèse des aspirations multiples
d'un enfant du siècle. Auréolé de blanc par le dossler
de son grand fauteuil de rotin, caressant son chien, il sait s 'émerveilIer,
parler d'amour ou de pianos blancs au milieu des fleurs. Sa muslque a alors
des accents de rêve dont on recherche les racines au fond de soi, dans
une pureté passée. Decontracté et le regard espiègle,
sa détente peut se peupler de gags jusqu'au fou rire mortel. L 'index
pointe sur la vie, il sait aussi bien règler leur compte, en chantant,
à des problemes qui concernent tout le monde, que falre naître
une bizarre émotion avec ceux qui quelquefols ne concernent que lul.
Une drôle d'émotlon qul monte et qui descend dans la gorge. Ses
ennemls à lul s'appellent mensonge, lâcheté et hypocrlsie.
Ses larmes, elles, se nomment Ilberté, art, amour ... et avec cette jolie
palette, II est en train de nous pelndre un tableau qul ressemble fort à
de la nouvelle chanson francaise. Il ne suit aucun courant. II le forme. Envers
et contre tout...
Si tu n'aimes pas mes violons,
Ne les écoute pas.
Si tu n'aimes pas mes chansons, Ne les achète pas. Je ne t'en voudrai
pas, t'en voudrai pas...
Pour en savolr un peu plus sur ses projets, Claude Sapin
est allé poser quelques questions a Daniel Balavoine...
Je suis un enfant gâté !
- Daniel Balavolne, tu fais partie des élus du
talent: auteur, compositeur, interprète. Lourde étiquette. Talent
ou vlrtuosité ?
- D'abord je me situe mol-même plutôt comme
muslclen-chanteur. C'est un concept assez nouveau en France où I'on a
tendance à bien séparer les deux et ou, d'allleurs on aime beaucoup
les interprètes qui ne font que celà, avec tout ce que ça
comporte de confort. En Amerique, au contralre, ou en Angleterre, les chanteurs
ne sont pas forcément "à voix" mals expriment leur propre musique.
Notamment en groupe. Les exemples sont multiples: Genesis, Supertramp... Donc
il s'agirait plutôt de talent que de virtuosité. Je ne crois pas
au génie meconnu.
- Alors, tu as peut-être un commentalre a falre
sur le succès du chanteur ?
- Ce genre de commentalre est toujours tres délicat... Evidemment, je peux dire que j'ai dû
frapper au bon endroit avec le chanteur, puisqu'il y a eu succès, mais
c'est tout, c'est sans garantie pour la suite. Réussir un album ouvre
certaines portes, notamment financières, mais n'est jamais un accomplissement
total. Pour le suivant, il faut repartir à zéro. Il y a tout de
même un obscur sentiment d'avoir eu raison quelque part, de donner raison
à ceux qui ont cru en moi et qui ont depensé de I'argent pour
mol... Je suis un enfant gâté qui prouve qu'il a été
gâté à bon escient. Ce qu'il faut dire aussi, c'est que
j'ai partagé les lauriers avec le groupe qui était officieux pour
le chanteur et qui prend maintenant un véritable départ avec le
nouvel album.
- Qu'est ce qu'on peut dire de ce groupe ?
- Il reste inchangé depuis le dernier et meme
I'avant-dernier album; c'est-à-dire: Bernard Serré : basse et
choeurs; Patrick Dulphy: guitares de toutes sortes; Colin Swinburne : guitare
aussi; Hervé Limeretz: claviers; Roger Secco: batterie et choeurs; Jean
Paul Batailley: batterie et percussions (mais il ne pourra sans doute pas faire
les prochaines tournées); Patrick Bourgoin: saxes; Yves Serré
: coordination. L 'ingénieur du son est toujours mon ami Andy Scott.
Le groupe s'appelle Clin d'Oeil et il est en super forme.
- J'ai entendu parler de tournées ?
- Malgré tous les problèmes que je rencontre,
j'arrive enfin à réaliser mon véritable but. C'est un peu
le chemin inverse des autres, mais la différence ne s'arrete pas là.
- Autres différences ?
- Je ne gagnerai pas des millions à chaque gala.
Si on veut donner un spectacle de qualité; je ne vois pas comment on
peut se le permettre. Un gala ne doit pas être une affaire de gros sous.
II y a déjà assez de gens qui s'y remplissent les poches sans
offrir de travail serieux en échange.
- Estimes-tu que le groupe et toi-même ayez connu
une évolution?
- Au niveau du travail, surtout. Dans la concision,
la rapidité. Moins de pertes de temps. En d'autres termes, on a gagné
en professionnalisme et on s'est rapproché au maximum du travail de scène.
L'album à venir pourrait très bien être un album-Live :
pas de trafics en tout genre, de re-re, peu de synthétiseur, d'ailleurs
: on I'a utilisé comme un instrument ordinaire. On peut dire que ce disque
sera la suite logique de tous les autres.
- As-tu été influencé cette année
par des musiciens ?
- Tout en restant fan de Supertramp, de Gerry Rafferty,
de Dire Straits, j'ai un peu revisé mon jugement en ce qui concerne la
new wave, où il y a certaines choses intéressantes.
- Que peux-tu nous dire de ton expérience de "Starmania"
?
- Il y a eu du bon et du mauvais. Dans le bon, la découverte
d'un des plus grands compositeurs actuels : Michel Berger. Aussi une très
bonne expérience de scène, où j'ai peut-être montré
que j'étais capable de chanter pendant deux heures avec la voix que tout
le monde me connait sans trafic de studio. Dans le sombre, I'aventure d'une
vie en commun de plusieurs mais qui m'a posé pas mal de problèmes.
L'Opéra Rock est un spectacle très dur que je n'ai pas envie de
refaire tout de suite.
- Et de ton experience de cinéma puisque tu as
fait tes premiers pas de comédien et de compositeur de musique de films
dens le film des frères Jolivet "Alors heureux" ? .
- Elle m'a complètement "allumé" ! Je
suis prêt à foncer sur toute proposition de rôle. La musique
de film aussi est passionnante. Enfin là, il s'agissait plutôt
de chansons originales. J'aimerais me lancer dans une vraie musique de films,
un thème traité selon les images, avec beaucoup de moyens. Enfin,
la priorité cette année, est aux galas avant tout.
- Que penses-tu de ton image auprès du public ?
- Je ne la connais pas bien. Je pense intéresser
un échantillonnage de tous âges, avec une bonne partie de femmes.
II apparaît que les femmes sont touchees par la voix masculine "de tête".
Tino Rossi et Luis Mariano I'ont prouvé avant moi. Je crois sortir quelques-uns
de leur train-train, ou même de Ieurs angoisses, d'après leurs
lettres. Je ne sais pas ce que le pense de Daniel Balavoine mais je sais ce
que je pense d'eux et ce que je veux offrir. C'est ça qui compte.
Claude Sapin
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