Tous les cris, les S.O.S.
Recueil d'articles
parus dans la presse
en 1984

L'horizon élargi de Balavoine
(Le Monde, avril 1984)

L'accroissement de son audience, d'année en année, souligne qu'à l'exemple des pays anglo-saxons, et particulièrement des Etats-Unis, la musique devient un élément de plus en plus important de la vie française. Sans doute, l'Hexagone traditionaliste doit-il encore se libérer de lourds carcans avant, par exemple, d'effacer la distinction entre musique "sérieuse" et musique "légère". Mais en devenant peu à peu une sorte d'Avignon de la chanson, le Printemps de Bourges joue un rôle non négligeable dans cette mutation.

Il a gardé la spontanéité de ses débuts, la même ambiance chaleureuse. Ici, le musicien, le chanteur, le spectateur contribuent au même accueil, fraternel. Le rock y a trouvé sa place. Cette année, outre Nina Hagen, sa folie et ses envolées lyriques, le festival présente, sous l'appellation "euro-rock", quelques jeunes groupes européens qui créent des musiques en s'inspirant de leur propre culture et d'influences d'aujourd'hui planétaires : les Belges T.C. Matic, Cos, les Tueurs de la lune de miel, et De Kreuners, le Suisse Stephan Eicher, l'Italien Bisca, les Hollandais The Nits, les Français Kas Product, Tales et Raoul Petite, les Anglais John Greaves, Simple Minds, Blurt et Blancmange.

En concert, au hall du congrès lundi après-midi, Blancmange, dont un titre a récemment été numéro un dans les clubs américains, illustre une nouvelle tendance à étendre sur scène l'usage des bandes enregistrées : ici, même la batterie est sur bande, et tous les efforts du chanteur Noël Arthur ne réchauffent pas le climat.

Le même jour, le Brésilien Nana Vasconcelos nous faisait découvrir une machine à rythmes électroniques extrêmement sophistiquée et ouvrait le dialogue avec Magnificent Force, un groupe new-yorkais des "Break dance", magnifique dans l'art de la pantomime et de la dérision.

Le soir, sous le grand chapiteau, Daniel Balavoine "éclatait" littéralement dans un spectacle très élaboré, remarquablement dosé et mis en scène, constitué de rêve, d'émotion, d'émerveillement. Balavoine, qui a élargi son horizon au point de se lancer dans des parodies gentiment féroces (l'Ecole des fans), n'a jamais été aussi à l'aise, aussi généreux. Sa manière de mener en roue libre son aventure, son énergie, ses enthousiasmes et ses interrogations, tisse un rapport vivant et étroit avec un public populaire.

Claude Fléouter

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Daniel Balavoine : Un chanteur populaire et singulier
(Le Monde, 14/9/1984)

L'époque a besoin de rêves. Le monde du show business l'a compris à son tour; les différents spectacles de variétés montés à Paris s'efforcent de satisfaire cette exigence. C'est, après France Gall, le cas de Daniel, Balavoine, chanteur populaire et singulier, qui, depuis dix ans, mène son aventure à son propre rythme d'homme tranquille. Avec des chansons émotionnelles où la vie et l'imaginaire se mêlent, où les amours sont tour à tour heureux et malheureux, où les mots et les notes sont portés avec une tendresse un peu gouailleuse et une fougue adolescente.

Mon fils, ma bataille. Supporters, Partir avant /es miens ont popularisé un chanteur qui, à la télévision et à la radio, s'est trouvé placé parfois dans des situations où il était contraint de réagir à tel ou tel événement et d'exprimer des sentiments qui, malgré les apparences, ne se confondent pas avec des déclarations politiques.

Au Palais des Sports, Daniel Balavoine a éliminé du plateau les tonnes de matériel habituelles et utilisé un dispositif scénique simple, net. Il a beaucoup travaillé un éclairage en partie réglé sur ordinateur, s'est servi de ce qu 'il y a de mieux dans l'électronique, dans la lumière comme dans le son, pour retrouver paradoxalement un look d'il y a quelques dizaines d'années. Le spectacle qu'il présente ainsi, entouré de Christian Padovan et d'autres solides musiciens,.a le ton de I'exubérance, le goût du bonheur.

Toujours en mouvement; rayonnant de santé, il est le grand copain " sympa " prompt à établir et à multiplier les rapports avec le public. La manière de donner et la façon de recevoir ne se recouvrent pas toujours. Le sens d'une chanson est parfois transgressé en atteignant le spectateur. Ainsi Je ne suis pas un héros, créé par Johnny Hallyday et chanté ensuite par Balavoine, son auteur-compositeur, est repris par les mômes debout, et la phrase slogan Je ne suis pas un héros signifie soudain : « On est fondu dans la masse et on est heureux d'y être. » II y a ainsi des moments dans son tour ou l'ambiguïté, la déviation de certaines chansons peuvent susciter un malaise dont le chanteur lui-même a pris conscience, mais contre lequel il ne peut plus rien...

Claude Fléouter

ROCK : Balavoine à I'affiche
(La Nouvelle République, 16/9/84)

Il écoutait les Beatles. II voulait faire sciences politiques, il voulait être député, iI avait dans son "idée" I'utopie de représenter la région : " Je me suis soigné d'une manière assez profonde " alors, il a pris la guitare de son frère, abandonné ses études et Daniel Balavoine est devenu chanteur ... parlant un peu trop pour certains " Si on ne veut pas que je donne man avis sur des problèmes tels que la politique, l'économie, le sport, la vie, on n'a qu'à pas me le demander ".

" Paroles... paroles... De toute façon, j'écris mes textes assez vite..., ce que je veux dire, c'est que les paroles seules n'ont pas d'importance sinon on ne mettrait pas de musique dessus" .

Et pour d'autres, c'est facile la scène avec l'infrastructure technique et le groupe qui I'entoure. Mais pour Daniel Balavoine, c'est être seul face au public qui est facile... II ne veut pas "avoir" le public de cette façon, c'est une notion de possession qu'il refuse.

Refus de I'argent « J'en ai un peu, même plutôt beaucoup... pas milliardaire... l'argent est le plus bel anesthésique qu'il y ait pour le malheur, cela reste un anesthésique et c'est aléatoire ".

Refus de sa voix . "C'est un truc rigolo et notamment dans le milieu de la musique rock en France... c'est-à-dire quand ce sont des Anglo-Saxons qui chantent haut, ce n'est pas grave, cela n'atteint pas la virilité française... le suis ce que le suis, j'ai la voix que j'ai...» Et Daniel a même une idole : « Peter Gabriel, c'est ce que le préfère. Si j'avais eu a choisir, je me serais d'abord choisi moi, mais si j'avais dû en mettre un deuxième au Hit Parade, j'aurais mis Peter Gabriel, ça c'est sûr ».

Du rock. II dit : « Le rock, c'est la sueur, c'est rien d'autre que ça, et peu importe la manière dont on transpire, ce qui compte, c'est de transpirer ».

Et iI transpire... le chanteur ! avec des musiciens francais, anglais. américains, dans des studios francais, écossais, espagnols... II n'est pas snob...

Poète ou provocateur ? « Ni l'un, ni l'autre, je suis un chanteur de musique pop en état de marche ».

Balavoine est au programme de ces Enfants du Rock, de rêve au même titre que Paul Young en concert à Hammersmith-Odeon (83) et Bruce Springsteen.

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Balavoine : le sentiment d'abord
(Le Monde, 7/10/1984)

A quoi bon interroger le chanteur Daniel Balavoine à propos de la politique ? "Je ne regarde pas la politique telle qu'elle est. Et quand je dis quelque chose à la radio ou à la télévision, ce ne sont pas des jugements ou des opinions, ce sont des sentiments qui sont formulés. Donc j'ai l'impression qu'il y a toute une foule de questions tournant autour d'un monde politique existant - probablement existant puisque tout le monde en parle - qui ne me concerne tout simplement pas."

Ce divorce, Daniel Balavoine l'avait dénoncé avec fougue lorsque François Mitterrand l'avait invité en 1980 à partager son temps d'antenne à la télévision, le temps d'un journal.

Aujourd'hui, il ne met plus en garde. Il dit ironiquement : "Je ne pense pas que ce soit grave. Je pense que ce divorce n'est pas encore assez accentué. Le jour où ce sera bien, c'est quand le divorce sera complet, le jour où à un premier tour d'élection une énorme majorité de gens iront voter - puisque c'est comme ça que doit fonctionner une démocratie en principe - mais pourront dire enfin que, dans le choix qui leur est proposé, il n'y a rien qui leur convient."

A tant de structures périmées selon lui, Daniel Balavoine oppose le vœu d'une "structure vide, ouverte, (...) dans laquelle pourraient entrer les individus et les idées de chacun". Alors que pour le moment "On fait l'inverse. On nous propose l'idée communiste, l'idée socialiste, l'idée machin... et ensuite, le but de l'opération, c'est d'essayer de rassembler le plus grand nombre possible de gens en les abêtissant au maximum, en leur mentant, autour de ces idées initiales".

Pourtant, s'objecte-t-il à lui même, "les jeunes continuent de voter. (...) C'est un truc que je ne comprends pas non plus... Encore que : vous entrez dans un magasin : vous voulez un pantalon rouge. On vous qu'il n'y en a que des verts, des bleus et des jaunes. Vous y allez une première fois en disant : non, j'en veux un rouge. La deuxième fois, vous n'allez pas ressortir à poil, vous allez en prendre un bleu ou un vert. C'est tout ce qui se passe. C'est ce qui montre la petitesse, la mesquinerie du milieu politique en soi. C'est tout petit, un peu ridicule."

"Tout un état d'esprit" est donc à modifier. Le problème "c'est pas de faire les voitures par des bacheliers. On sent branle de ça. Personne n'a le courage d'admettre en ce moment qu'on ne pourra rien les uns sans les autres. Et ça c'est une horreur".

Aussi, réclamer d'abord un nouvel inventaire des désirs, des aspirations accessibles à tous, n'est pas pour Balavoine le fait d'un "rêveur", mais une démarche naturelle. Mais s'il sait que le "cercle infernal" va se reformer et qu'il faudra bientôt recommencer. "C'est tout, c'est simple, c'est de l'amour, du sentiment, certains diront que c'est du romantisme. Moi, c'est ce que je pense. (...) J'enfonce des portes ouvertes et alors ? Si c'est si facile que ça, pourquoi n'y a-t-il pas plus de gens qui le font ? On me dit : C'est facile, vous ramenez votre gueule. Mais pourquoi les gens ne ramènent pas leur gueule si c'est si facile que ça ?"

Dans le ciel de cette politique du sentiment - des bons sentiments -. - le président de la République passa comme un météore. "Mitterrand m' a attendri, ça va faire rire plein de gens que je dise ça peut-être. Mais moi, il y a quatre ans, quand j'ai rencontré François Mitterrand, ce bonhomme a provoqué chez moi suffisamment de sentiments, et non d'idées, pour que pour la première fois de ma vie - la dernière d'ailleurs a priori - je fasse le geste de voter.

"J'ai trouvé en face de moi un homme, un papy d'abord - pour moi, c'est un papy ce mec-là. J'avais l'impression d'être en face d'un bon papy - avec ses compromissions et tout ce qu'on veux, y a pas de raisons qu'il soit différent des autres, on s'en branle de ça, - en face d'un bonhomme qui s'accrochait un peu au guidon."

"Il me posait des questions extrêmement sensibilisantes : qu'est-ce que vous voulez, de quoi parlez-vous ? Et moi je lui réponds : "Je ne sais pas; mais c'est déjà tellement beau de savoir ce qu'on ne veut pas. Qu'est que vous voulez faire pour sauver les gens qui n'ont rien à manger ? Je ne sais pas, mais je ne veux plus qu'il y ait des gens qui n'aient rien à manger : c'est déjà un fondement. Ce n'est pas parce qu'on ne sait pas quoi faire qu'on est idiot. Déjà on se bat, avec les sentiments qu'on a."

Quatre ont passé. S'il rencontrait François Mitterrand aujourd'hui, Daniel Balavoine lui dirait tout simplement "qu'il n'aborde plus les sujets comme il faut". Il lui dirait : "Vous êtes hors du coup, en fait, voilà".

Hors du coup aussi mais bien malgré eux, les opprimés, les pauvres, les affamés, dont les légions innombrables "frappent à la porte". Il va falloir partager le gâteau, prophétise Balavoine, et ceux qui ne voudront pas "vont recevoir les pauvres sur le dos et en crever".

Une graine de violence, alors, au milieu de tant de sentiments ? Possible, "Je crois que je suis un peu paumé en fait, par moments. Je suis un peu perdu parce que j'ai l'impression d'être dans le bon, dans la logique humaine. Et d'un autre côté, lorsque je me retourne pour faire le constat de ce qui a pu se passer avant, je me dis : "Ca va être difficile d'avoir le changement et la douceur, c'est vrai."

Michel Kajman

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Hit-Parade

Articles parus dans la presse (1984)


L'horizon élargi de Balavoine
(Le Monde, avril 1984)

L'accroissement de son audience, d'année en année, souligne qu'à l'exemple des pays anglo-saxons, et particulièrement des Etats-Unis, la musique devient un élément de plus en plus important de la vie française. Sans doute, l'Hexagone traditionaliste doit-il encore se libérer de lourds carcans avant, par exemple, d'effacer la distinction entre musique "sérieuse" et musique "légère". Mais en devenant peu à peu une sorte d'Avignon de la chanson, le Printemps de Bourges joue un rôle non négligeable dans cette mutation.

Il a gardé la spontanéité de ses débuts, la même ambiance chaleureuse. Ici, le musicien, le chanteur, le spectateur contribuent au même accueil, fraternel. Le rock y a trouvé sa place. Cette année, outre Nina Hagen, sa folie et ses envolées lyriques, le festival présente, sous l'appellation "euro-rock", quelques jeunes groupes européens qui créent des musiques en s'inspirant de leur propre culture et d'influences d'aujourd'hui planétaires : les Belges T.C. Matic, Cos, les Tueurs de la lune de miel, et De Kreuners, le Suisse Stephan Eicher, l'Italien Bisca, les Hollandais The Nits, les Français Kas Product, Tales et Raoul Petite, les Anglais John Greaves, Simple Minds, Blurt et Blancmange.

En concert, au hall du congrès lundi après-midi, Blancmange, dont un titre a récemment été numéro un dans les clubs américains, illustre une nouvelle tendance à étendre sur scène l'usage des bandes enregistrées : ici, même la batterie est sur bande, et tous les efforts du chanteur Noël Arthur ne réchauffent pas le climat.

Le même jour, le Brésilien Nana Vasconcelos nous faisait découvrir une machine à rythmes électroniques extrêmement sophistiquée et ouvrait le dialogue avec Magnificent Force, un groupe new-yorkais des "Break dance", magnifique dans l'art de la pantomime et de la dérision.

Le soir, sous le grand chapiteau, Daniel Balavoine "éclatait" littéralement dans un spectacle très élaboré, remarquablement dosé et mis en scène, constitué de rêve, d'émotion, d'émerveillement. Balavoine, qui a élargi son horizon au point de se lancer dans des parodies gentiment féroces (l'Ecole des fans), n'a jamais été aussi à l'aise, aussi généreux. Sa manière de mener en roue libre son aventure, son énergie, ses enthousiasmes et ses interrogations, tisse un rapport vivant et étroit avec un public populaire.

Claude Fléouter

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Daniel Balavoine : Un chanteur populaire et singulier
(Le Monde, 14/9/1984)

L'époque a besoin de rêves. Le monde du show business l'a compris à son tour; les différents spectacles de variétés montés à Paris s'efforcent de satisfaire cette exigence. C'est, après France Gall, le cas de Daniel, Balavoine, chanteur populaire et singulier, qui, depuis dix ans, mène son aventure à son propre rythme d'homme tranquille. Avec des chansons émotionnelles où la vie et l'imaginaire se mêlent, où les amours sont tour à tour heureux et malheureux, où les mots et les notes sont portés avec une tendresse un peu gouailleuse et une fougue adolescente.

Mon fils, ma bataille. Supporters, Partir avant /es miens ont popularisé un chanteur qui, à la télévision et à la radio, s'est trouvé placé parfois dans des situations où il était contraint de réagir à tel ou tel événement et d'exprimer des sentiments qui, malgré les apparences, ne se confondent pas avec des déclarations politiques.

Au Palais des Sports, Daniel Balavoine a éliminé du plateau les tonnes de matériel habituelles et utilisé un dispositif scénique simple, net. Il a beaucoup travaillé un éclairage en partie réglé sur ordinateur, s'est servi de ce qu 'il y a de mieux dans l'électronique, dans la lumière comme dans le son, pour retrouver paradoxalement un look d'il y a quelques dizaines d'années. Le spectacle qu'il présente ainsi, entouré de Christian Padovan et d'autres solides musiciens,.a le ton de I'exubérance, le goût du bonheur.

Toujours en mouvement; rayonnant de santé, il est le grand copain " sympa " prompt à établir et à multiplier les rapports avec le public. La manière de donner et la façon de recevoir ne se recouvrent pas toujours. Le sens d'une chanson est parfois transgressé en atteignant le spectateur. Ainsi Je ne suis pas un héros, créé par Johnny Hallyday et chanté ensuite par Balavoine, son auteur-compositeur, est repris par les mômes debout, et la phrase slogan Je ne suis pas un héros signifie soudain : « On est fondu dans la masse et on est heureux d'y être. » II y a ainsi des moments dans son tour ou l'ambiguïté, la déviation de certaines chansons peuvent susciter un malaise dont le chanteur lui-même a pris conscience, mais contre lequel il ne peut plus rien...

Claude Fléouter

ROCK : Balavoine à I'affiche
(La Nouvelle République, 16/9/84)

Il écoutait les Beatles. II voulait faire sciences politiques, il voulait être député, iI avait dans son "idée" I'utopie de représenter la région : " Je me suis soigné d'une manière assez profonde " alors, il a pris la guitare de son frère, abandonné ses études et Daniel Balavoine est devenu chanteur ... parlant un peu trop pour certains " Si on ne veut pas que je donne man avis sur des problèmes tels que la politique, l'économie, le sport, la vie, on n'a qu'à pas me le demander ".

" Paroles... paroles... De toute façon, j'écris mes textes assez vite..., ce que je veux dire, c'est que les paroles seules n'ont pas d'importance sinon on ne mettrait pas de musique dessus" .

Et pour d'autres, c'est facile la scène avec l'infrastructure technique et le groupe qui I'entoure. Mais pour Daniel Balavoine, c'est être seul face au public qui est facile... II ne veut pas "avoir" le public de cette façon, c'est une notion de possession qu'il refuse.

Refus de I'argent « J'en ai un peu, même plutôt beaucoup... pas milliardaire... l'argent est le plus bel anesthésique qu'il y ait pour le malheur, cela reste un anesthésique et c'est aléatoire ".

Refus de sa voix . "C'est un truc rigolo et notamment dans le milieu de la musique rock en France... c'est-à-dire quand ce sont des Anglo-Saxons qui chantent haut, ce n'est pas grave, cela n'atteint pas la virilité française... le suis ce que le suis, j'ai la voix que j'ai...» Et Daniel a même une idole : « Peter Gabriel, c'est ce que le préfère. Si j'avais eu a choisir, je me serais d'abord choisi moi, mais si j'avais dû en mettre un deuxième au Hit Parade, j'aurais mis Peter Gabriel, ça c'est sûr ».

Du rock. II dit : « Le rock, c'est la sueur, c'est rien d'autre que ça, et peu importe la manière dont on transpire, ce qui compte, c'est de transpirer ».

Et iI transpire... le chanteur ! avec des musiciens francais, anglais. américains, dans des studios francais, écossais, espagnols... II n'est pas snob...

Poète ou provocateur ? « Ni l'un, ni l'autre, je suis un chanteur de musique pop en état de marche ».

Balavoine est au programme de ces Enfants du Rock, de rêve au même titre que Paul Young en concert à Hammersmith-Odeon (83) et Bruce Springsteen.

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Balavoine : le sentiment d'abord
(Le Monde, 7/10/1984)

A quoi bon interroger le chanteur Daniel Balavoine à propos de la politique ? "Je ne regarde pas la politique telle qu'elle est. Et quand je dis quelque chose à la radio ou à la télévision, ce ne sont pas des jugements ou des opinions, ce sont des sentiments qui sont formulés. Donc j'ai l'impression qu'il y a toute une foule de questions tournant autour d'un monde politique existant - probablement existant puisque tout le monde en parle - qui ne me concerne tout simplement pas."

Ce divorce, Daniel Balavoine l'avait dénoncé avec fougue lorsque François Mitterrand l'avait invité en 1980 à partager son temps d'antenne à la télévision, le temps d'un journal.

Aujourd'hui, il ne met plus en garde. Il dit ironiquement : "Je ne pense pas que ce soit grave. Je pense que ce divorce n'est pas encore assez accentué. Le jour où ce sera bien, c'est quand le divorce sera complet, le jour où à un premier tour d'élection une énorme majorité de gens iront voter - puisque c'est comme ça que doit fonctionner une démocratie en principe - mais pourront dire enfin que, dans le choix qui leur est proposé, il n'y a rien qui leur convient."

A tant de structures périmées selon lui, Daniel Balavoine oppose le vœu d'une "structure vide, ouverte, (...) dans laquelle pourraient entrer les individus et les idées de chacun". Alors que pour le moment "On fait l'inverse. On nous propose l'idée communiste, l'idée socialiste, l'idée machin... et ensuite, le but de l'opération, c'est d'essayer de rassembler le plus grand nombre possible de gens en les abêtissant au maximum, en leur mentant, autour de ces idées initiales".

Pourtant, s'objecte-t-il à lui même, "les jeunes continuent de voter. (...) C'est un truc que je ne comprends pas non plus... Encore que : vous entrez dans un magasin : vous voulez un pantalon rouge. On vous qu'il n'y en a que des verts, des bleus et des jaunes. Vous y allez une première fois en disant : non, j'en veux un rouge. La deuxième fois, vous n'allez pas ressortir à poil, vous allez en prendre un bleu ou un vert. C'est tout ce qui se passe. C'est ce qui montre la petitesse, la mesquinerie du milieu politique en soi. C'est tout petit, un peu ridicule."

"Tout un état d'esprit" est donc à modifier. Le problème "c'est pas de faire les voitures par des bacheliers. On sent branle de ça. Personne n'a le courage d'admettre en ce moment qu'on ne pourra rien les uns sans les autres. Et ça c'est une horreur".

Aussi, réclamer d'abord un nouvel inventaire des désirs, des aspirations accessibles à tous, n'est pas pour Balavoine le fait d'un "rêveur", mais une démarche naturelle. Mais s'il sait que le "cercle infernal" va se reformer et qu'il faudra bientôt recommencer. "C'est tout, c'est simple, c'est de l'amour, du sentiment, certains diront que c'est du romantisme. Moi, c'est ce que je pense. (...) J'enfonce des portes ouvertes et alors ? Si c'est si facile que ça, pourquoi n'y a-t-il pas plus de gens qui le font ? On me dit : C'est facile, vous ramenez votre gueule. Mais pourquoi les gens ne ramènent pas leur gueule si c'est si facile que ça ?"

Dans le ciel de cette politique du sentiment - des bons sentiments -. - le président de la République passa comme un météore. "Mitterrand m' a attendri, ça va faire rire plein de gens que je dise ça peut-être. Mais moi, il y a quatre ans, quand j'ai rencontré François Mitterrand, ce bonhomme a provoqué chez moi suffisamment de sentiments, et non d'idées, pour que pour la première fois de ma vie - la dernière d'ailleurs a priori - je fasse le geste de voter.

"J'ai trouvé en face de moi un homme, un papy d'abord - pour moi, c'est un papy ce mec-là. J'avais l'impression d'être en face d'un bon papy - avec ses compromissions et tout ce qu'on veux, y a pas de raisons qu'il soit différent des autres, on s'en branle de ça, - en face d'un bonhomme qui s'accrochait un peu au guidon."

"Il me posait des questions extrêmement sensibilisantes : qu'est-ce que vous voulez, de quoi parlez-vous ? Et moi je lui réponds : "Je ne sais pas; mais c'est déjà tellement beau de savoir ce qu'on ne veut pas. Qu'est que vous voulez faire pour sauver les gens qui n'ont rien à manger ? Je ne sais pas, mais je ne veux plus qu'il y ait des gens qui n'aient rien à manger : c'est déjà un fondement. Ce n'est pas parce qu'on ne sait pas quoi faire qu'on est idiot. Déjà on se bat, avec les sentiments qu'on a."

Quatre ont passé. S'il rencontrait François Mitterrand aujourd'hui, Daniel Balavoine lui dirait tout simplement "qu'il n'aborde plus les sujets comme il faut". Il lui dirait : "Vous êtes hors du coup, en fait, voilà".

Hors du coup aussi mais bien malgré eux, les opprimés, les pauvres, les affamés, dont les légions innombrables "frappent à la porte". Il va falloir partager le gâteau, prophétise Balavoine, et ceux qui ne voudront pas "vont recevoir les pauvres sur le dos et en crever".

Une graine de violence, alors, au milieu de tant de sentiments ? Possible, "Je crois que je suis un peu paumé en fait, par moments. Je suis un peu perdu parce que j'ai l'impression d'être dans le bon, dans la logique humaine. Et d'un autre côté, lorsque je me retourne pour faire le constat de ce qui a pu se passer avant, je me dis : "Ca va être difficile d'avoir le changement et la douceur, c'est vrai."

Michel Kajman

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