DANIEL BALAVOINE ET LOUIS CHEDID : UN SANG NEUF
ABREUVE LEURS MICROSILLONS !

Balavoine rêvait d'être député.
Chédid, plus ambitieux, voulait être cinéaste. Le premier
s'est vite rendu compte que s'il désirait s'exprimer à la télévision,
il pouvait le faire aussi par la chanson et que ce serait sans doute plus agréable
pour tout le monde. Le second poussa plus loin son idée puisqu'après
le baccalauréat, il fit en Belgique des études de cinéma
et réalisa trois courts-metrages. Mais la chanson le turlupinait depuis
des années. Exactement depuis qu'il avait trouvé dans la cave
de ses parents une guitare espagnole et qu'il avait, tout seul, appris à
jouer le thème de « Jeux Interdits ».
Daniel a vingt-six ans. Louis en a à peine trois de plus pourtant il
parait beaucoup plus mûr, nous allions dire plus adulte. Mais le côté
bébé joufflu de Balavoine est trompeur. Dès que l'on a
échangé avec lui quelques mots on s'aperçoit qu'à
l'intérieur de la tête l'expérience s'est déjà
inscrite, la vie a marqué sa trace, les idées se sont affirmées.
Sans doute cela explique-t-il I'entente si immédiate entre les deux garçons.
Mais il faut ajouter un autre point commun : le sens de I'humour . -
Ainsi, demandons-nous, vous ne vous connaissiez pas I'un
l'autre
Daniel et Louis se regardent. lls ont en vie de rire. Puis, faussement détaché,
Daniel attaque : - Personnellement je ne le connaissais pas du tout mais
lui avait sans doute entendu parler de moi. Les yeux de Louis sourient.
II cherche la réplique sans en avoir l'air : - Oui, affirme-t-il.
j'avais dû entendre son nom en effet... Parmi tant d'autres, je ne m'en
souvenais plus. Match nul
lIs éclatent de rire et recommencent à s'envoyer
des piques par-ci, par-là, se forcant tout de même à être
sérieux de temps en temps car ils sont devant un journalisle qui risque
d'écrire n'importe quoi - chanson connue - et que penserait alors le
lecteur ? D'autant plus que Louis Chédid se méfie des idées
trop vite faites. II est très content naturellement que son « t'as
beau pas être beau » ait grimpé au sommet de tous les hit-parades.
Mais il ne veut surtout pas que ce succès conditionne son style et l'oblige
à refaire plus ou moins ce qui a eu l'heur de plaire.
- J'étais heureux de faire des chansons, dit-il,
même quand ça ne marchait pas. Parce ce que j'aime c'est travailler
et réussir une chanson, Qu'elle tienne bien debout, Je suis un artisan. Louis Chédid travaille " à l'ancienne " en intervenant à
tous les stades de l'oeuvre depuis sa conception jusqu'à sa fabrication:
écriture, composition, arrangement, choeurs et instruments d'accompagnement.
On le surnomme I'homme-orchestre. II a déjà fait ainsi trois albums
et plusieurs 45 tours. Pour le prochain album il élargira sans doute
son équipe car : - Je ne crois pas, précise-t-il, que je suis
le meilleur en lout. Si je m'emploie moi-même de préférence,
c'est que je n'ose pas demander aux aulres tout ce que je réclame de
moi. Serait-il timide ? Mais oui, II l'est sous son allure de rugbyman.
Et c'est encore, aussi surprenant que cela paraisse, le cas de Daniel Balavoine,
Lorsqu'on lui demande quelle est la grande rencontre de sa vie. II dit sans
hésiter : - C'est Michel Berger, Mais ma timidité m'a empêché
de le lui dire. Comme sur ce point nous nous ressemblons, il ne m'a rien dit
non plus. Eh bien, si cet article n'a pas d'autre mérite, il aura
au moins celui d'aider à la compréhension des artistes mutuellement
intimidés.
Mais Daniel Balavoine retrouve tout son punch pour parler
de lui. "Starmania " I'opéra-rock de Michel Berger qu'il a chanté
pendant un mois au Palais des Congrès avec France GaIl, Fabienne Thibault,
Nanette Workman et quelques autres, lui a donné, " une grande sérénité
" pour aborder les galas. II sait maintenant ce que physiquement il peut faire.
Daniel aime bien donner de lui l'image d'un rigolo, décontracté
et presque j'm'en-foutiste mais, en réalité, il n'y a pas plus
sérieux, plus soucieux, plus perfectionniste. C'est la perfection qu'il
vise. Son dernier 33 tours, il a mis un an à le mijoter. Le prochain
est prévu pour septembre c'est dire si " Le Chanteur " a du travail.
D'autant plus qu'il écrit aussi la musique d'un film de Pierre et Marc
Jolivet " Alors, heureux ? " produit par Claude Lelouch.
Mais voilà qui nous ramène au cinema et
au premier amour de Louis Chédid, - Peut-être prochainement un
film ensemble ? C'est Daniel qui répond :
- Nous avons , déjà fait une chanson
ensemble pour Numéro un, alors un film pourquoi pas ?
Ils ont choisi la nuit du 4 août pour monter à
l'assaut de privilèges bien établis par les membres d'un club
très fermé : celui des aristocrates de la chanson qui constituent
les « Numéro un ». Precisons que cette révolution -
ce n'est pas une révolte - n'a pu se produire qu'à l'instigation
des monarques eux-mêmes. Maritie et Gilbert Carpentier 1ers rois incontestés
des variétés sur tout le terriloire de TF1. Mieux encore, c'est
eux qui ont presenté l'un à l'autre les deux jeunes conquérants
: Daniel Balavoine et Louis Chédid. Chacun de leur
côté, ils avaient déjà fait un long chemin: mais
leurs routes ne s'étaienl pas encore croisées. Soudain ils ont
decouvert que tous deux étaient entrés dans la carrière
bien avant que leurs ainés n'y soient plus. Et sans se connaître.
ils se sont aussitôt reconnus. Comme des braves, cherchant dans le chant
la même gloire. Qu'une inspiration féroce, qu'un sang neuf abreuve
leurs microsillons !
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