Le foin de Balavoine
(France Soir, 22 mars 1980)
En constatant le retentissement de l'intervention (parlée)
de Daniel Balavoine au cours d'un récent journal d' »Antenne 2 »
il est permis de se demander si un chanteur ne se fait pas beaucoup mieux entendre
sans musique.
Pour être chanteur on en est pas moins homme, citoyen
et électeur. Or un électeur est quelqu'un qui, paradoxalement,
donne sa voix en écoutant celle des autres.
Le mérite de Balavoine aura été de
dire ce que la plupart des Français pensent. A savoir que le discours
politique, parfaitement démodé, n'intéresse plus que les
pensionnaires du sérail, que le passé de M. Marchais est beaucoup
moins important que l'avenir de la France et qu'il ne faut pas prendre les muets
de l'isoloir pour des cruches. Daniel Balavoine apparaît donc aujourd'hui
comme la dernière réincarnation du petit garçon qui, dans
le fameux conte d'Andersen, osait apprendre au roi que ses tailleurs étaient
des escrocs et qu'il se promenait tout nu.
Variétés : Daniel Balavoine
(Le Monde 15/3/1981)
Lancé sur le marché de la chanson il y a
deux ans grâce à Starmania, la comédie musicale de Michel
Berger et Luc Plamondon, Daniel Balavoine s'est fait connaître de l'ensemble
du public français l'année dernière par un éclat
: invité de François Mitterrand dans un journal télévisé
de 13 heures plus spécialement consacré aux jeunes, il s'était
irrité, à la fin de l'émission, de voir la parole confisquée
par l'homme politique et s'était soudain emparé du micro pour
parler, comme un simple représentant de sa génération,
des sentiments et des dégoûts de celle-ci. Depuis, cet auteur-compositeur
et interprête de vingt-neuf ans au visage encore un peu adolescent, à
la voix large et haute, a poursuivi une aventure autonome menée tranquillement,
avec le goût du travail bien fait, avec des refrains pleins de charme
et de fantaisie.
A l'Olympia où il ne reste que jusqu'au dimanche
15 mars, entouré du groupe Clin d'oeil, avec lequel il forme équipe
depuis cinq ans, Daniel Balavoine démontre, par son intelligence naturelle
de la scène, sa manière un peu subtile d'être chanteur-comédien,
son sens du mouvement, sa façon, à travers l'humour, de prendre
parfois la distance d'une chanson, sa vigueur et son punch, qu'il est un homme
de spectacle complet et heureux.
Claude Fléouter
Retrouvez d'autres articles dans le fanzine «
L'Inoubliable »
[
Fermer la fenêtre ]
Le chanteur populaire
(Le Monde, 15/6/1982)
Trajet exemplaire que celui de Daniel Balavoine dont le
talent s'épanouit cette semaine sur la scène du Palais des Sports.
Adolescent, Balavoine s'amuse d'abord dans un orchestre
de bal de son Sud-Ouest natal et chante les soirs de fin de semaine, six heures
durant, tous les succès standards de l'époque. Monté à
Paris au début des années 70, Daniel Balavoine participe à
l'éclosion d'un groupe rock, Présence. Celui-ci disparu, Balavoine
met son aventure de chanteur entre parenthèses et observe, étudie
de A jusqu'à Z, du studio d'enregistrement à la salle de spectacle,
un métier vers lequel il se sent irresistiblement poussé. Choriste,
il prend part à de multiples enregistrements, figure dans la distribution
de la "Révolution française", la comédie musicale présentée
au Palais des Sports.
Collaborateur de Patrick Juvet, il affûte ses armes
de mélodiste et de parolier. Quand il explose dans Starmania, la comédie
musicale de Berger, Daniel Balavoine s'est acquis une solide expérience
; il est pourvu d'une analyse sérieuse de sa profession de chanteur.
En cavalier seul à l'Olympia, Balavoine chante "Mon
fils ma bataille", élargit peu à peu son public avec des chansons
émotionnelles et d'une vive modernité. Aujourd'hui, au Palais
des Sports, son audience est devenue populaire. Daniel Balavoine a sensiblement
modifié son équipe de musiciens, a notamment intégré
Chistian Padovan, à la basse, et Yves Chouard à la guitare. Lui
même a développé encore sa couleur tonique, énergique,
sa tendresse un peu gouailleuse, un élan, une fougue adolescente qui
masque une fragilité enfouie au fond de soi.
Daniel Balavoine a de jolies nouvelles chansons, où
se mêlent la vie et le rêve, la violence quotidienne et l'amour
heureux et malheureux. Il fait un triomphe parce qu'il s'affime en homme de
spectacle capable de générosité et de mouvement, de lyrisme
et de confidences, de naïveté et de lucidité.
Claude Fléouter
Retrouvez d'autres articles dans le fanzine «
L'Inoubliable »