Un jeune homme qui ne doute de rien, tonique, plein d'insolence...
Un artiste de variétés qui saute pieds joints des pages spectacles
à celles des faits de sociétés. Sans perdre la tendresse.
Balavoine,
une première. Un club de tennis, quelque part dans la banlieue parisienne.
Le chanteur aura le Libé du jour. Titre : "Barre : le gouvernement
fait des progrès". De quoi je me mêle, non, mais de quoi je
me mêle ? Je vais faire mon édito là-dessus".
Flash-back. Au moment de cette interview, Daniel Balavoine
était éditorialiste, chaque fin d'après-midi, sur 95,2,
une radio privée parisienne. Quinze petits billets d'humeur, frais du
jour, percutants et pourfendeurs. Thèmes : le discours électoral,
la famine du Nordeste... et les excédents agricoles du Marché
commun, les élections à la sécurité sociale, les
armes chimiques et bactériologiques... "Ah ! mercredi, j'ai créé
7 000 emplois". ??? "Ben oui, en autorisant la pub sur les radios
libres". C'est Georges Fillioud qui a dû être content.
Si l'on ajoute à cette liste d'activités
son passage à l'émission 7 sur sept (où la brutalité
de son discours malgré le bons sens de sa teneur, en a agacé plus
d'un), on serait tenté de dire que Bala ne change pas. Depuis son fameux
éclat sur Antenne 2 face au présidentiable François Mitterrand,
l'artiste de variétés est passé maintes fois de la page
spectacle à la rubrique faits de sociétés des divers quotidiens
et magazines du pays. De là à rouvrir le débat antédiluvien
sur le chanteur engagé (une voix dans le fond : "Par qui ?"),
il n'y a qu'un pas. Que Balavoine refuse énergiquement de franchir, balayant
cette poussière polémique d'un : "Quand on ne parle pas,
on est des cons, quand on parle, faudrait qu'on se taise", sans nuances
et sans réplique.
Et l'ampleur donnée récemment aux propos
d'Yves Montand n'est pas faite pour le calmer : "Montand, tout le monde
lui tombe dessus parce qu'il est perdu comme un petit garçon et qu'il
le dit. Je ne le connais pas, je ne suis pas d'accord avec lui, mais je ne trouve
pas joli, joli de lui faire jouer les boucs émissaires"...
A l'heure du café, quelques musiciens rappliquent.
Joe Hammer, le batteur, ou était-ce Christian Padovan, le bassiste ("Le
meilleur bassiste d'Europe" a dit Drucker. "D'Europe ou de rock ?",
rigolent ses petits camarades) en a une bien bonne à raconter : à
partir de janvier les micros H.F. seront interdits. Motif : ils perturbent les
fréquences policières...
"Il y a des gags à cause de ça"
se souvient Balavoine. " Dans la comédie musicale "La Révolution
française", il a quelques années, pendant le grand air de
Louis XVI, Claude-Michel Schoenberg a été ahuri d'entendre des
"Allo, Tango Charlie" sortir de son micro... Cela dit, on continuera
à les utiliser quand même les micros H.F., non mais !".
Opportune transition pour en venir au dernier album de
Daniel Balavoine, mitonné cet été en Angleterre. Tonique,
rythmé, dansant. "Ma méthode de travail, c'était :
"Qu'est-ce qu'il faut faire comme chanson pour que ça sonne ? J'ai
fait les textes après avoir enregistré les rythmiques. Les chansons
ont été conçues en fonction de la scène, de ce que
les spectacles pourraient reprendre, retrouver comme gimmicks." On pourra
en juger lors de la tournée du chanteur à travers la France en
février, mars, avril prochains. Paris, ce sera pour l'automne. Où
? mystère encore. La nouvelle salle de la Villette est très convoitée,
mais puisque le toujours et plus que jamais fringant Johnny Hallyday l'occupera,
quatre mois d'affilée, à la rentrée 84...
Revenons à ce nouvel album, intitulé "Loin
des yeux de l'Occident". Album qui sonne bien, certes, album de musicien.
Mais les mots sonnent bien aussi. En témoignent des chansons comme "Pour
la femme veuve qui s'éveille", "Frappe avec la tête"
ou "Révoluccion"... "Quand j'ai vu comment vivaient les
femmes en Afrique, en rentrant, j'avais envie de dire aux Occidentaux : arrêtez,
quoi, un peu de respect ! Ce disque dit l'essentiel, prend du recul par rapport
à notre nombrilisme".
S'y glissent aussi des chansons d'une prenante tendresse
comme "Partir avant les miens", d'autres mordantes, telle "Supporter"
: "Là, j'ai inversé la démarche, je suis parti d'un
détail pour aboutir à une généralité. C'est
facile de siffler Mitterrand quand il arrive au Parc des Princes, mais alors
fallait pas l'élire !".
"Je suis critique, mais je reste mitterrandiste".
Je fais de la politique sentimentale. "Je préfère attendre
le vrai changement avec la gauche qu'avec la droite"... Allons, le chroniqueur
de l'état de disgrâce n'a pas encore le souffle court.
Et le chanteur ? "En décembre, je vais travailler
dix jours aux Etats-unis avec Chritopher Cross. En 1985 : encore un album, un
mois à la Villette en septembre, ah oui ! La course de Paris-Dakar, aussi...
Après, je repars à zéro. En Angleterre ou aux Etats-unis.
On verra. C'est tentant. Je tente ".
Il ne doute de rien, Bala. Banco !
Anne-Marie Paquotte
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