La raison pour laquelle il y a plein de gens qui ne peuvent
pas le supporter, c'est qu'il sait ce qu'il veut. Il sait ce qu'il veut faire
dans ses disques, dire dans ses chansons, comment il a envie de faire de la
scène.
Ca paraît très simple mais c'est plus difficile
qu'on ne pense. Parce que ça veut dire que tous les gens qui travaillent
autour de lui sont obligés de réviser leur idée de confort.
Je crois qu'il réussit à imposer ce qu'il a vraiment envie de
faire et ça c'est une nouvelle race de chanteurs !
Ca vient de sortir
comme dirait Coluche.
Evidemment ça veut dire aussi beaucoup d'angoisse
parce que quand quelqu'un a envie d'écrire quelque chose de fort plutôt
que de devenir riche ou alors qu'il aime mieux faire un beau spectacle que
d'être simplement connu, c'est une autre manière de vivre.
Moi
, c'est ce qui me plaît dans Balavoine.
A part ça, c'est mon
copain mais ça n'a absolument rien avoir.
Michel Berger (Propos
recueillis par Didier Lecat, France-Inter, 1983)
L'actualité de la fin du mois d'octobre
1983 ce sont des manifestations de jeunes pacifistes et surtout des
événements dramatiques au Liban: le matin même,
deux camions suicide ont explosé devant les bâtiments
abritant les troupes françaises et américaines à
Beyrouth et cinquante-huit soldats français ont été
tués. Devant cinq millions de téléspectateurs
Daniel va saisir l'occasion pour prendre violemment position, ce qui
va déchaîner la fureur des anciens combattants. Comme
on va le voir, il avait des circonstances atténuantes.
Daniel > Avec le Liban, les jeunes
ont maintenant "leur" guerre et c'est pour ça peut-être
qu'ils éprouvent le besoin de manifester. Je voudrais dire
que manifester contre les Pershings, les SS 20, c'est formidable,
mais tout se passe en ce moment comme si c'était plus grave
de tuer avec des missiles que de tuer avec des armes conventionnelles.
Je trouve ça un peu curieux. Manifester pour la paix, c'est
manifester contre la guerre quelques soient les armes utilisées
(...) On dirait qu'il y a maintenant une hiérarchie des crimes
(...) Avec l'armement conventionnel, on arrive à faire des
milliers et des milliers de morts par jour et tout le monde s'en fout.
Je trouve ça dramatique. Voilà ce que je voulais dire
sur le pacifisme.
Jean-Louis Burgat > Daniel Balavoine, sur le Liban, il faut
préciser que vous êtes concerné directement par
ce qui s'est passé.
Daniel > (...) On entend souvent dire que les adultes: "Oui,
ça se voit que vous n'avez pas connu la guerre, il vous faudrait
une bonne guerre." Moi je leur dis maintenant bien en face: on l'a,
la guerre ! Ma mère a connu trois guerres puisqu'elle est née
avant la première, elle a vécu la deuxième et
ce matin elle a eu la guerre, la vraie, puisque mon frère est
au Liban et ma mère, à sept d'heures du matin, a su
qu'il y avait des soldats là-bas qui étaient morts.
Elle ne savait pas sur qui c'était tombé et jusqu'à
midi, elle s'est rongée les sangs pour savoir si mon frère
était dans le tas ou pas. Alors je voudrais dire devant tout
le monde que j'emmerde les anciens combattants, qu'on a autre chose
à foutre que s'occuper des anciennes guerres (...) et que le
jour des commémorations on ferait mieux de manifester pour
les guerres qu'il y actuellement ! Si mon frère pouvait m'entendre,
je lui dirais de revenir parce qu'on lui dit qu'il va là-bas
pour la paix et ce sont des mensonges ! Il va là-bas pour les
enfoirés des pouvoirs qui ont créé les guerres
(...) et que tout ça c'est de la saloperie (...) il faut qu'on
nous change la vie, on voudrait apprendre à nos enfants autre
chose que ce qu'on nous a appris (...) Alors je dis que tout ça
suffit, qu'il nous faut la paix, qu'on veut la vraie paix (...) Et
j'emmerde en même temps ceux qui croient que c'est facile de
le faire parce qu'ils n'ont qu'à venir le faire à ma
place.
Télécharger l'extrait audio de
l'émission "Sept sur Sept" (en MP3)
Face aux vives protestations d'associations d'anciens
combattants, Daniel accepte de s'excuser sur le plateau de "Champs Elysées"
sur Antenne 2, le 5 novembre 1983.
Daniel > (...) Alors je voudrais dire
ceci: très sincèrement, ce que j'ai dit ce jour-là
était exclusivement et clairement adressé à ceux
qui souhaitent à la jeunesse actuelle "une bonne guerre pour
qu'elle apprenne à vivre." (...) Pour les autres, qui sont les
déportés, ou des gens qui se sont battus, qui ont résisté
pour leur liberté, voire pour la nôtre, je suis sur que
ces gens-là ne peuvent pas souhaiter à leurs enfants d'endurer
eux-mêmes. Alors si ma manière de m'exprimer a fait qu'ils
se sont sentis visés par mes propos, je le regrette. Je ne dis
pas que je m'excuse, c'est mieux, je suis navré. (...) Mais je
ne partirai pas d'ici sans dire que, contrairement à ce que souhaitent
certains, avant d'être un chanteur, je suis un homme avec ses
emportements, ses excès, ses colères (...) Je vous remercie,
je ne recommencerai plus, ou alors plus poliment.
Télécharger l'extrait audio des excuses
de Daniel Balavoine (en MP3)
Viens danser
Viens frôler la mort
Dans l'armée
Oh le rythme à du corps
Faut s'allonger te planquer
Eviter les balles doum doum
Si tu tires pas le premier
Ou si tu fais le clown
Y'a ta tête qui va faire boum
Quand la guerre est déclarée
Faut se lever pour saluer
Pour le pouvoir d'un seul homme
Et tuer des milliers
Ça fera une fête pour danser
Gros sous-marins
Et jolies croisières
Ça fait rêver
Les beaux militaires
Toujours d'accord pour partir
Jamais sûr de revenir
Pour qui vient de se marier
La guerre y'a rien de pire
Sauf pour qui aime frémir
Quand les couleurs sont hissées
Faut se lever pour saluer
Et la fanfare va jouer
Un air pour encourager
Ce rythme a ses qualités
Une vie de chien
Moi ça me fait pas peur
Obéir
C'est peut être le bonheur
Pas besoin d'avoir d'idées
On nous fournit la rancoeur
Quand l'uniforme est porté
On comprend mieux sa valeur
Prestige pour les jolis coeurs
Si vous passez sur la place
Pour venir me ramasser
Surtout ne cherchez pas la trace
C'est dans le dos qu'on m'a tiré
Devinez dans quel sens j'allais